Crash du vol Jeju Air

Crashs d’avion, une si troublante fascination

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Crashs d’avion, une si troublante fascination

Le site de l’accident d'avion à l'aéroport international de Muan, en Corée du Sud, le mardi 31 décembre 2024. © Ahn Young-joon/AP Photo/Sipa

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Le 29 décembre 2024, un avion de la compagnie sud-coréenne Jeju Air a fini sa course contre un mur, après avoir tenté d'atterrir sans train d'atterrissage, faisant 179 morts et 2 survivants. Depuis, notre journaliste Ariane Nicolas arpente les forums en ligne pour comprendre ce qu’il s’est passé et interroge ici son obsession pour les crashs aériens.


De quoi avez-vous parlé le soir du Réveillon ? Pour ma part, essentiellement du crash du Boeing 737-800 de la compagnie sud-coréenne Jeju Air. Je n’avais pour ainsi dire que ça en tête depuis deux jours : pourquoi ces 179 passagers sont-ils morts ? Que s’est-il passé pour qu’un avion se pose en urgence sans train d’atterrissage ni aérofreins, et se fracasse dans un nuage de feu contre un muret en bout de piste ? Erreur technique, humaine, coup du sort… ou autre ?

Je n’en suis pas forcément fière, mais les accidents d’avion me fascinent. Je crois ne pas être la seule : en 2020, Hervé Le Tellier recevait le prix Goncourt pour L’Anomalie, récit plus ou moins fantastique d’une énigme aérienne, inspirée de la série Lost, elle-même centrée autour d’un crash. Ma fréquentation assidue des comptes YouTube et des forums spécialisés me fait penser qu’il existe un monde parallèle où ces événements tragiques rendent insomniaques. Comment expliquer cette troublante fascination ? 

 

L’effroi à son paroxysme

On pourrait arguer que s’intéresser à la mort de passagers tient de la seule pulsion morbide, la même qui nous pousse à regarder des programmes sur les tueurs en série ou à fixer une intervention de pompiers après un accident de la route. Peut-être. Mais il me semble qu’autre chose, de plus fondamental, se joue dans les crashs d’avion de ligne, ceux qui captent le plus notre attention. Ces accidents impliquent une mort de masse : plusieurs centaines de personnes périssent dans la même seconde au même endroit. D’un coup, une béance fissure l’espace et le temps, un charnier se crée en plein vol ou à terre. Ce n’est pas tant notre empathie qui est sollicitée devant ces informations tragiques que notre ancestrale et collective peur de la mort. Quels événements donnent lieu à un tel effacement de corps en si peu de temps ? Même les guerres ou les déluges naturels tuent de manière plus asymétrique, distendue. Les crashs d’avion atteignent un paroxysme : face à eux, on a affaire à un condensé du néant. 

“Y penser paraît presque obscène, et pourtant. On y pense”
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