Dick Howard. « Pour réaliser le rêve américain, il faut assumer une part de conflit »

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Le philosophe et politologue Dick Howard a suivi l’ensemble de la campagne présidentielle américaine. À quelques jours de l’élection, il fait le point sur les valeurs qui divisent l'Amérique.

Quel bilan tirer des ces dernières semaines de débat, à quelques jours de l’élection ?

Dick Howard : « Je me suis senti beaucoup plus reposé après le premier débat », a lancé Obama avec humour au dîner caritatif Alfred E. Smith, à New York, où, selon la coutume, républicains et démocrates se retrouvent et échangent des blagues. Et en effet, lors du premier débat, la prestation d’Obama a été désastreuse. Il voulait éviter la faute et est resté en retrait. Ce faisant, il a laissé place à Romney, qui a repris la main. Mais le climat a changé dès la seconde confrontation. Obama a eu le dernier mot. Ceci dit, on ne devrait pas considérer ces débats comme s’il s’agissait d’un match de boxe où l’un ou l’autre des combattants sortirait gagnant. Un débat politique concerne trois personnes : en dehors des adversaires, il y a un public, qui n’est pas un juge-arbitre neutre. Le public est censé apprendre de l’expérience, clarifier ses propres intuitions. C’est malheureusement loin d’être le cas.

 

Pourquoi ?

La campagne pour l’élection présidentielle est en réalité l’occasion pour les candidats de ne surtout pas dire ce que l’on souhaite faire. Deux raisons à cela : une raison tactique et une raison stratégique. La raison tactique est électoraliste : pour être élu il faut compter avec une part de mensonge et éviter les sujets impopulaires. Si je disais vouloir, par exemple, réduire le déficit et la dette en éliminant les niches fiscales, la classe moyenne se détournerait… La raison stratégique tient à s’assurer le soutien des sénateurs et des députés en n’allant pas contre les intérêts qu’ils défendent eux-mêmes. Bref, les candidats n’ont surtout pas intérêt à dire ce qu’ils projettent de faire. Conclusion : quel que soit le candidat élu, ce sera un président sans réel mandat.

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