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La débâcle en Afghanistan, effet de la “présidence impériale” américaine
Salle à manger d’État de la Maison-Blanche, Washington, DC (États-Unis), le 31 août 2021. Joe Biden évoque la fin de la guerre en Afghanistan, alors que le dernier avion de transport militaire des États-Unis encore présent en Afghanistan, un Boeing C-17 Globemaster III, a décollé de l’aéroport de Kaboul la veille au soir, juste avant minuit. © Chip Somodevilla/Getty Images/AFP
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Le retrait désastreux de l’armée américaine hors d’Afghanistan, qui a été comparé à la chute de Saïgon en 1975, a peut-être les mêmes causes que celle-ci : la « présidence impériale », qui permet au chef de l’État de décider de la guerre et de la paix, alors que la démocratie américaine avait été construite pour en faire une décision du Congrès. Analyse d’une dérive.
« M. Biden a imprimé avec énergie ses vues sur une politique qu’il a depuis longtemps discutée mais jamais contrôlée », estimait mi-avril le New York Times, juste avant que le président des États-Unis n’ordonne un retrait avant le 20e anniversaire des attentats du 11 Septembre, jugeant que, dix ans après l’élimination d’Oussama ben Laden, cette intervention qui a coûté la vie à 2 400 soldats américains ne se justifiait plus. Et ce malgré les objections du Pentagone et des services de renseignement, qui craignaient – à juste titre – un effondrement du régime afghan face aux taliban. Début 2020, Donald Trump avait, lui, directement négocié avec ces derniers, et non avec le gouvernement de Kaboul, un retrait des forces américaines pour mai 2021, retrait qu’il avait ensuite été tenté d’accélérer sans concertation avec sa propre armée.
« Croire que vous disposez d’une capacité unique de plier la réalité à votre volonté est pratiquement un pré-requis pour devenir président des États-Unis », affirme Kori Schake, une ancienne conseillère du département d’État sous l’administration Bush Jr., selon qui la gestion par Donald Trump de la situation afghane « constitue une leçon de choses justifiant pourquoi le président, quel que soit son parti, doit être davantage contrôlé par le Congrès et le grand public dans sa conduite de la politique étrangère ». Comme en écho, l’historien Stephen Wertheim estime que « ces guerres s’éternisent en partie parce qu’une seule personne les lance. Le Congrès a abdiqué son rôle constitutionnel, qui est de déterminer si l’Amérique doit se battre, où et contre qui. [...] Résultat : quand les éditorialistes distribuent des mauvais points pour le chaos afghan, ils débattent des présidents à cibler en priorité, ceux qui ont démarré et intensifié la guerre, ou ceux qui ont cherché à y mettre fin. » Une focalisation qui ne fait selon lui que renforcer l’un des grands maux de la politique américaine : la soumission délibérée du Congrès à la « présidence impériale ». Un concept forgé par analogie avec les guerres incessantes menées par l’empire romain, et qui trouve son origine dans The Imperial Presidency, un livre sur l’énorme accroissement des pouvoirs présidentiels publié en 1973 par l’historien Arthur M. Schlesinger Jr. (1917-2007).