Entretien

Ariel Colonomos : “On ne peut pas réduire la politique à des questions morales”

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Le politologue et philosophe Ariel Colonomos à Paris, le 16 novembre 2015

Le politologue et philosophe Ariel Colonomos à Paris, le 16 novembre 2015. © Didier Goupy/Signatures

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En dépit de l’isolement abrupt que connaît l’Afghanistan, porté aujourd’hui par la peur et le refus d’être administré par un mouvement considéré comme terroriste, Ariel Colonomos, auteur de La Morale dans les relations internationales (Odile Jacob, 2004), pense que les régimes occidentaux doivent traiter avec les taliban.

 

Pourquoi traiter avec le régime taliban ?

Ariel Colonomos : Si les taliban s’isolent en pensant qu’ils sont seuls contre le reste du monde, il n’y a pas grand-chose à faire. À l’impossible, nul n’est tenu. Si, comme le soutient le secrétaire d’État américain Antony Blinken, ils sont en recherche d’alliés et avides de reconnaissance sur le plan international, les pays occidentaux doivent jouer le jeu et assumer des responsabilités. Il faut être pragmatique. Il y a par exemple des dizaines de milliers d’Afghans qui ont travaillé pour les différentes missions européennes et américaines : eux devraient avoir un droit à l’asile. Il faut faire en sorte de maintenir les quelques acquis sociaux de ces dernières années – je pense notamment aux droits des femmes d’accéder à l’université, aux soins, au marché du travail. Il faut surveiller la répression que vont probablement subir les personnes associées à l’ancien régime. S’il y a une petite possibilité d’agir, les États qui sont intervenus en Afghanistan – et en particulier les États-Unis, qui ont changé le cours de son histoire – ne peuvent pas faire comme si Al-Qaïda avait été éliminée et qu’ils n’avaient plus rien à faire là-bas.

 

Que répondre à l’objection morale qui condamne le fait de dialoguer avec le mal ?

On ne peut pas réduire la politique à des considérations sur l’impureté morale de nos interlocuteurs. Il est des crises humanitaires où des ONG ou des gouvernements doivent dialoguer avec des régimes autoritaires ou des dictatures [à ce sujet, lire notre article partant du cas de la Chine et de son traitement intolérable des minorités ethniques et religieuses comme les Ouïghours]. Ce qui compte, dans ce cas, c’est ce que Max Weber appelait l’éthique de responsabilité : l’évaluation des conséquences comme critère de l’action. Ne pas agir sous l’injonction de principes moraux arrêtés comme le préconise l’éthique de conviction. Quand une guerre se termine, les belligérants discutent entre eux, alors qu’ils sont ennemis.

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