13-Novembre, 10 ans après

Djihadisme, populisme : même combat, par Hélène L’Heuillet

Temps de lecture : 7 min

La psychanalyste et philosophe Hélène L’Heuillet. © François Bouchon/Le Figaro

La psychanalyste et philosophe Hélène L’Heuillet. © François Bouchon/Le Figaro

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10 ans après les attentats du 13 novembre 2015, comment le terrorisme nous a-t-il changés ? Pour la philosophe et psychanalyste Hélène L’Heuillet, la montée en puissance du populisme nationaliste obéit, au fond, à la même logique que le djihadisme : la haine du langage. 


Une attaque qui a “réussi” ?

De la soirée du 13 novembre 2015, je garde le souvenir de la longue file d’attente devant le Bataclan, sur laquelle, dans l’attente du bus 56, je promenais un regard distrait tout en cherchant une idée de manteau d’hiver, mais aussi la fugace bousculade causée par un homme pressé qui criait presque au téléphone que « Non, ce n’était pas la poste mais une banque », et puis, bien sûr, comme nous tous, l’anxiété pour les proches, dans le vacarme des sirènes et des hélicoptères. Je ne cesserai sans doute jamais de me demander qui vit encore parmi les personnes aperçues dans l’insouciance d’une fin de semaine, dans la douceur d’une soirée automnale.

“Quand l’attaque n’est causée par aucune raison précise sur laquelle on a prise, on reste pétrifié dans l’attente de sa possible répétition”

 

Le 15 novembre, déjà, l’univers familier était changé. Obstinément, les cafés des rues Oberkampf, Saint-Maur, Jean-Pierre Timbaud se sont remplis — sans mot d’ordre ni concertation. Dans ces lieux ordinairement si bruyants, personne ne parlait. Sidération, deuil et besoin d’être ensemble témoignaient du trauma à vif. Le temps a passé. La salle de concert flambant neuve laisse à nouveau s’étirer la foule de ceux et celles qui s’y rendent. Les plaies de ceux qui n’ont pas été frappés de trop près semblent s’être cicatrisées.

Un événement tel que celui-ci laisse cependant des traces, bien au-delà des quartiers ensanglantés ce jour-là. Telle est la réussite de l’acte terroriste qu’en attaquant une série de personnes prises au hasard au milieu de leur vie quotidienne, il atteint, par identifications emboîtées, toute la société, et même au-delà. Quand l’attaque ne trouve sa cause dans aucune raison précise sur laquelle on puisse agir en amont, on reste pétrifié dans l’attente de sa possible répétition, n’importe quand, n’importe où. 

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