2006-2026 : une histoire philosophique des vingt dernières années

2015 : la tuerie du Bataclan

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2015 : la tuerie du Bataclan

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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’événement

13 novembre 2015. Une série d’attentats coordonnés frappe Paris et Saint-Denis. Au total, 130 personnes sont tuées et des centaines blessées. Ces attaques revendiquées par l’organisation État islamique plongent la France dans l’état d’urgence.


Making-of

Après ces actes terroristes, nous nous réveillons, comme tous les Français, en état de choc. Nous avions un dossier prêt à partir à l’impression. En une semaine, nous en construisons un autre en donnant la parole à de nombreux philosophes, dont Élisabeth Badinter.


Extrait du n° 95

Élisabeth Badinter : “Le credo a remplacé le cogito”

« Nous avons affaire à des assassins et non à des soldats. Sans évoquer leur nombre, leur action ne relève pas d’un comportement militaire. La guerre a des lois. Eux n’en ont aucune. Ce sont de petits bonshommes fanatisés qui ont une vraie faiblesse intellectuelle – pour ne pas parler de leur inconsistance morale. Ils trouvent dans les actes de barbarie qu’ils commettent une jouissance intense. Pensez donc, pour une fois dans leur vie, ils seront “front page” [à la une]. […] 

S’il y a une “guerre”, elle se situe sur le terrain idéologique de la conception de la civilisation qui oppose Daech aux démocraties. Il y a une opposition totale entre leurs valeurs et les nôtres : nous sommes pour la vie et la liberté, ils sont pour la soumission et la mort, nous sommes pour l’individu et les plaisirs, ils sont pour la mort donnée au nom de Dieu. Le fait que nous ayons bombardé Daech nous a désignés comme ennemi. Il fallait venger cette action. Mais au-delà de la vengeance, la France incarne de manière radicale le “mal” occidental. […]

Le credo a remplacé le cogito. “Je pense donc je suis” a été supplanté par “Je crois donc j’existe”. Pourquoi ? L’Occident a tout remis en question de manière radicale : la famille, le mariage, le sexe, la nation, etc. Cette remise en cause de nos principes les plus assurés a flanqué le vertige à plus d’un. C’est ensuite la crise économique. Quand le monde tel qu’il est vous abandonne ou vous maltraite, vous vous tournez vers la religion, un opium comme disait l’autre. Cela reste vrai, et je parle du peuple sans distinctions sociales. Enfin, avec la dissolution de la patrie, il y a eu le sentiment d’une perte d’identité. Or une solide pratique religieuse vous redonne une communauté et une identité. » 

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