Analyse

Adrien Candiard : le fanatisme vu de l’intérieur

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Les quatre fondateurs de la jurisprudence sunnite : Abu Hanifa pour les hanafites, Malik Ibn Anas pour les malikites, Muhammad ibn Idris al-Schafii pour les chafiites et Ibn Hanbal pour les hanbalites. Miniature turque osmane, 1586. Gouache sur papier

Les quatre fondateurs de la jurisprudence sunnite : Abu Hanifa pour les hanafites, Malik Ibn Anas pour les malikites, Muhammad ibn Idris al-Schafii pour les chafiites et Ibn Hanbal pour les hanbalites. Miniature turque osmane, 1586. Gouache sur papier. © Roland and Sabrina Michaud/AKG-images

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Adrien Candiard, prêtre dominicain au couvent du Caire et membre de l’Institut dominicain d’études orientales, est spécialiste de théologie islamique. Il vient de publier aux Éditions du Cerf un livre singulier, Du fanatisme. Une enquête de chercheur et de croyant pour comprendre le terrorisme contemporain avec les mots de la théologie. Il partage ici ses thèses avec nous.

Utiliser la religion pour comprendre la religion

Du fanatisme est, de l’aveu de son auteur, un objet « hybride ». Pensé d’abord comme le fruit d’un travail de recherche en pensée islamique, c’est aussi un essai de spiritualité, qui veut parler du religieux avec les mots d’un croyant. Adrien Candiard, prêtre dominicain, nous dit regretter que les analyses habituelles du terrorisme « prennent toujours le discours religieux de l’extérieur, sans vraiment le prendre au sérieux ». Comme si la croyance n’avait aucune valeur per se, qu’elle n’était qu’un insignifiant bavardage auquel seuls des sous-titres sociologiques et géopolitiques allaient donner un sens. Candiard nous rappelle donc ce que l’époque aurait oublié : « Les phénomènes religieux ont aussi… une dimension religieuse. » Pour cette raison, le livre est plein de concepts qu’un « chercheur bien élevé n’emploierait jamais », nous dit-il, comme l’idolâtrie ou la tentation. Une position singulière de chercheur-croyant qu’il estime nécessaire pour sortir de l’impasse : « Je reste sceptique sur les moyens d’une société agnostique pour faire face à des problèmes authentiquement religieux. »

L’absolue transcendance de Dieu et ses conséquences

Depuis Le Caire, Adrien Candiard travaille sur Ibn Taymiyya, un théologien musulman rigoriste des XIIIe-XIVe siècles. D’objet d’étude érudit, ce penseur a fait irruption dans le contemporain lorsqu’il est devenu une référence de l’islamisme contemporain et de ses brutaux djihadistes. « Déjà en 1981, les assassins du président égyptien Anouar el-Sadate s’en réclamaient », nous apprend Adrien Candiard. La multiplication de ces épisodes a donc donné une autre dimension, « une gravité nouvelle, une forme de responsabilité » à ce qui aurait pu rester une paisible étude de médiéviste. Qu’en est-il ? Ibn Taymiyya appartient à l’école hanbalite, qui se fonde sur l’absolue transcendance de Dieu. « Rien n’est semblable à lui », cite Candiard du Coran (42,11). Comme il est radicalement différent, infiniment lointain, nos pensées sont inaptes à le saisir : on ne peut « rien dire de vrai de Dieu ». Rappelons que la théologie signifie « la connaissance de Dieu ». L’école hanbalite est donc construite sur un oxymore. C’est une théologie impossible, qui proclame dès sa première phrase l’inaccessibilité de son objet. En un mot, une antithéologie. Mais que reste-t-il alors à étudier ? La seule chose émanant de lui qui soit accessible au croyant : sa volonté telle qu’exprimée dans le Coran. C’est-à-dire… ses commandements. 

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