La lettre du mercredi

Documentaire “Le Dilemme d’Hippocrate” : ce que soigner veut dire

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Documentaire “Le Dilemme d’Hippocrate” : ce que soigner veut dire

Le dilemme d'hippocrate. © 416-Prod / LCP-Assemblée nationale

« La santé, ça va ? Un documentaire diffusé ce mercredi soir (à 20h38) sur LCP pose la question. Il suit de près les travaux de la Consultation d’éthique clinique du Centre hospitalier de Saint-Nazaire, où officie un philosophe. Si vous aimez les cas de conscience, ce film est pour vous !


Prêter serment ne suffit pas toujours. Dans les cas éthiques les plus compliqués, se référer à des principes intangibles est une facilité qui n’aide en rien, comme le démontre le documentaire Le Dilemme d’Hippocrate, à voir ce mercredi soir sur La Chaîne parlementaire. Pour ce film, le réalisateur Guillaume Estivie a suivi au Centre hospitalier de Saint-Nazaire la Consultation d’éthique clinique dirigée par le philosophe Guillaume Durand. Il existerait quelques dizaines de structures similaires en France, selon une étude publiée en 2024. Elles se présentent comme une aide collégiale à la décision clinique, face aux cas les plus épineux.

Entre engagement à soigner et autonomie du patient

Des exemples ? Faut-il imposer à un anorexique qui risque la mort une sonde nasogastrique sous la contrainte ? Le réanimer contre sa volonté s’il fait un malaise ? Peut-on accéder à la demande d’une jeune femme qui souhaite une hystérectomie pour ne plus souffrir de règles douloureuses et s’assurer de n’avoir pas d’enfant, alors que d’autres solutions existent ? Peut-on faire naître un enfant pour en sauver un autre ? Pour répondre à ces questions qui n’appellent aucune réponse évidente, le “philosophe de terrain” commence par s’entretenir avec le patient pour entendre sa “voix”. Puis ses motivations sont discutées par une équipe de soignants – anesthésiste, gériatre, cardiologue, gynécologue, neurologue… Ils ne cherchent pas le consensus mais à étayer leurs désaccords – ou à “bien se disputer”, comme nous l’écrivons dans le dossier de notre nouveau numéro qui paraît ce jeudi – afin de fonder une décision qui respecte leur engagement à soigner et l’autonomie du patient, sans réduire l’hôpital à un prestataire de services. 

Une “médecine des désirs” ?

Alors, qu’est-ce que soigner veut dire ? Ce n’est plus seulement guérir mais pratiquer ce que Guillaume Durand, qui enseigne à l’université, appelle une “médecine des désirs”, pas nécessairement liée à la maladie – par exemple, la demande de contraception définitive ou l’assistance à la procréation. En effet, être en bonne santé relève non seulement de l’absence de maux mais également du bien-être physique, psychique et social.“Le premier sens du terme de l’éthique, c’est l’éthos. C’est le séjour. C’est habiter le monde”, rappelle l’éthicien. Il existe d’ailleurs un lien substantiel entre la philosophie et la médecine. “Le philosophe est celui qui enquête, qui recherche la vérité. Par le doute chez Descartes, chez Socrate, en questionnant, en remettant en question les évidences. Cet exercice-là, philosophique par essence, on le trouve sur le terrain médical”, comme nulle part ailleurs. Là, les grands thèmes philosophiques sont naturellement convoqués : la liberté, le bonheur, la mortalité…

Contre la “police morale”, une éthique minimale

Éthique minimale ou maximale ? Deux lignes de force traversent la réflexion des soignants. Certains soutiennent qu’il faut protéger le sujet contre lui-même lorsqu’il s’apprête à se nuire ; d’autres considèrent que les individus autonomes doivent pouvoir choisir ce qui est bon pour eux, sans ingérence. Si Guillaume Durand arbitre les échanges avec neutralité, poussant les raisonnements dans leurs retranchements, il défend dans son travail de recherche cette seconde option, qu’il nomme la “médecine minimaliste”. Il se place ainsi dans les pas de Ruwen Ogien, l’un des rares défenseurs de cette éthique minimale, bien qu’exigeante et ambitieuse.

Il s’agit de penser contre la “police morale”. Celle-ci nous incite classiquement à “juger ‘immorales’ certaines actions, certaines façons de vivre ou certaines façons de penser, même lorsqu’elles ne causent aucun tort direct à qui que ce soit”. Comme Ruwen Ogien le soutient dans L’Éthique aujourd’hui – un livre qui m’a marqué, étudiant –, “pour l’éthique minimale, la vocation de la morale n’est pas de régenter absolument tous les aspects de notre existence, mais d’affirmer des principes élémentaires de coexistence des libertés individuelles et de coopération sociale équitable”. 

Ces principes sont au nombre de trois, aux conséquences immenses : 

  • indifférence morale du rapport à soi-même (pas de devoirs vis-à-vis de soi),
  • non-nuisance à autrui,
  • égale considération de chacun (antipaternalisme).

Je suis plutôt convaincu, et vous ? »

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