Maroc / Islam
Driss Jaydane: “On invente le techno-salafisme”
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Cet article est issu du numéro 106 de Philosophie magazine « De quoi la gauche est-elle malade ? », en kiosque le 19 janvier 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La récente révision de manuels scolaires marocains fait de la philosophie une “matière contraire à l’islam”. Réaction et analyse de l’écrivain Driss Jaydane, qui enseigne cette discipline à Casablanca.
Les nouveaux manuels destinés aux lycéens marocains ont suscité une levée de boucliers des professeurs de philosophie. Pourquoi ?
Driss Jaydane : Au chapitre « philosophie et foi », ce manuel d’instruction religieuse cite un auteur salafiste du XIIIe siècle. La philosophie y est présentée comme une incitation à la dépravation et à la mécréance. Plutôt que de rappeler qu’il existe dans la civilisation arabo-musulmane une tradition conciliant la foi et la raison, ce livre part du principe que la philosophie est contraire à l’islam. À aucun moment il ne mentionne les théologiens qui ont été d’éminents philosophes, comme Averroès. Au contraire, il accrédite l’idée que les philosophes sont des ennemis des croyants. Il n’y a pas de position clairement assumée. Mais des citations ambiguës passent pour des propos décisifs faisant de la philosophie une hérésie, vu l’ignorance de nos élèves. Or, cette éducation religieuse fait partie de l’enseignement obligatoire depuis trente ans. Elle a d’autant plus d’emprise que le wahhabisme [courant rigoriste de l’islam né en Arabie au XVIIIe siècle] est devenu l’imaginaire collectif marocain. Auparavant, le Maroc défendait un islam qui était un modèle d’équilibre entre la rigueur et l’extase, mêlant au sunnisme traditionnel un courant soufi empreint de religion naturelle. Cet équilibre est complètement perdu, au profit d’une fermeture intellectuelle et religieuse.