Livre culte
Face aux dérives autoritaristes, pourquoi il faut lire (ou relire) “La Peur de la liberté” d’Erich Fromm
Erich Fromm en 1974. © Müller-May/Wikimedia Commons
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C’est un ouvrage relativement peu connu mais qui semble ne rien avoir perdu de son acuité. Dans La Peur de la liberté, le sociologue et psychanalyste Erich Fromm dévoile la manière dont les individus et plus largement la société peuvent désirer l’autoritarisme, voire le totalitarisme, tout en présentant des voies pour y échapper. Un livre paru en 1941 et qui résonne avec notre époque.
« Notre propre démocratie n’est-elle menacée que par le fascisme venu d’outre-Atlantique […] ? » Cette question n’a pas été formulée en 2026 depuis le continent européen, mais en 1941, depuis les États-Unis. Erich Fromm, psychanalyste et sociologue juif allemand, exilé en Amérique à cause de la montée du nazisme, publie en pleine Seconde Guerre mondiale La Peur de la Liberté. L’ouvrage propose une analyse psychologique et sociale de la montée des totalitarismes.
Avec Theodor Adorno ou Herbert Marcuse, le sociologue et psychanalyste Erich Fromm est l’un des membres de l'École de Francfort. Sociologue, son travail vise à articuler l’analyse freudienne du psychisme et l’analyse marxiste de la société, pour mettre en lumière les processus d’aliénation qui empêchent l’épanouissement de l’individu. Ainsi, écrit Fromm, « La psychologie doit apporter sans délai sa contribution à la compréhension de la crise actuelle ». Installé comme psychanalyste aux États-Unis en 1934, Fromm enseigne notamment aux universités Columbia et Yale.
À ses yeux, la montée des autoritarismes et des fascismes n’est pas seulement une menace extérieure. Pour appuyer ses propos, il cite le philosophe américain John Dewey : « La menace sérieuse pour notre démocratie n’est pas l'existence d'États totalitaires étrangers. C’est l’existence dans notre comportement personnel et dans nos propres institutions de conditions qui ont permis dans les pays étrangers, la victoire [...] de la discipline, de l’uniformité de la dépendance envers le chef. Par conséquent, le champ de bataille est aussi ici en nous-même et dans nos institutions. » Le livre de Fromm La Peur de la liberté parle donc… de nous.
“Pour Fromm, il existe dans la structure de caractère de l'homme moderne des facteurs qui peuvent le conduire à abandonner sa liberté, même en démocratie”
Un problème humain ?
Les mécanismes qui conduisent actuellement à la montée des populismes d’extrême droite diffèrent-ils tant de ceux de l’Allemagne dans les années 1930 ? À la lecture du livre d’Erich Fromm, il est permis d’en douter. Selon lui, la victoire du système autoritaire n’est pas seulement due à la folie d’une minorité d’individus, à leur ruse ou à leur force. Elle relève avant tout d’un « problème humain » : il existe dans la structure de caractère de l'homme moderne des facteurs qui peuvent le conduire à abandonner sa liberté, même en démocratie.