La petite question

Faut-il faire croire aux enfants que le père Noël existe ?

Temps de lecture : 8 min

Faut-il faire croire aux enfants que le père Noël existe ?

© Unsplash

Cet article est réservé aux abonnés.

La croyance au père Noël est-elle périmée ? N’est-ce pas un problème de mentir aux enfants ? Voici un panorama des mauvaises et des bonnes raisons de maintenir (ou pas) cette tradition. 


 

« Mais pourquoi vous m’avez menti ? » C’est avec ces mots, et les yeux pleins de larmes, que Simon, cinq ans, a réagi lorsqu’il a appris la terrible nouvelle : « Le père Noël n’existe pas. » Pendant tout le mois de décembre 2005, il a été inconsolable. Simon avait perdu deux choses à ce moment-là : la magie de Noël… et la confiance dans les adultes. « Le pire pour moi, ce n’était pas de savoir qu’il n’existait pas, c’était d’avoir été trahi par mes parents », se souvient-il vingt ans après.

Certes, l’aveu ne se passe pas toujours de manière aussi déchirante, mais il comprend bien souvent une certaine cruauté. On se souvient tous des « grands » : de ces enfants de la classe au-dessus, de ses cousins plus âgés, qui jubilaient quelquefois à l’idée de briser les illusions des « gros bébés Cadum qui y croient ».

La confiance trahie

Et un enfant qui s’est senti floué par ses proches peut légitimement avoir du chagrin en découvrant le pot aux roses. Un article des psychologues Christopher Boyle et Kathy McKay, paru en 2016 dans la revue spécialisée The Lancet Psychiatry, s’en prend avec virulence aux dangers de cette croyance : « La plus grande transgression morale du mensonge de Noël résulte du fait qu’un jour, la vérité éclate. Tôt ou tard, tous les enfants découvrent que leurs parents ont persisté à leur mentir pendant des années […] Ce qui risque d’affecter la confiance entre l’enfant et le parent. »

En plus de s’en prendre au lien de confiance, ce mensonge inaugural peut faire vaciller chez l’enfant la notion même de vérité, de parole fiable. « Pourquoi les enfants ne devraient-ils pas remettre en question le parent qui leur dit de faire attention en touchant une plaque de cuisson chaude ou en traversant la rue, alors qu’il leur parle d’un bonhomme qui, paraît-il, plie le temps et l’espace pour distribuer des cadeaux à tous les enfants ? », arguent les psychiatres.

“La plus grande transgression morale du mensonge de Noël résulte du fait qu’un jour, la vérité éclate” C. Boyle, K. McKay, psychologues

 

Il est par ailleurs périlleux d’enseigner les vertus de la sincérité à un enfant en lui mentant dès les premières années de sa vie. Dans ses Pensées sur l’éducation (1693), le philosophe John Locke s’interroge : « Comment supposer que l’enfant qui a vu qu’on autorisait, qu’on encourageait même l’altération de la vérité […] ne profitera pas de la même permission pour lui-même, quand il y trouvera son compte ? » Il exhorte ainsi les parents à pratiquer l’honnêteté sans faille avec les enfants. Et si ces derniers posent des questions comme « comment on fait les bébés ? », « il vaut beaucoup mieux leur dire nettement que c’est une chose qu’il ne leur appartient pas encore de comprendre, que de détourner leur curiosité par un mensonge ou par une réponse frivole », estime Locke. Pas question, donc, de leur faire croire en un traîneau qui vole dans les nuages pour récompenser les enfants sages.

Cet article est réservé aux abonnés