Entretien
François Noudelmann : “La violence physique sur les campus américains est restée contenue, au contraire de la violence verbale”
Le lundi 29 avril 2024, le campement pro-palestinien se trouvait sur le terrain de l’université Columbia à New York (États-Unis). © Louis Lanzano/Sipa
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Alors que l’occupation des campus américains se poursuit en protestation à la guerre menée par Israël à Gaza, nous avons demandé au philosophe François Noudelmann, professeur à l’université de New York et directeur de la Maison française, de nous livrer sa perception in situ de cette mobilisation sans précédent. Tout en jugeant légitime l’expression du débat, il pointe les limites et les contradictions d’un mouvement où toutes les minorités ne sont pas logées à la même enseigne.
En France, l’actualité récente a été marquée par l’occupation de l’IEP de Paris (Sciences Po) par des étudiants pro-palestiniens. Quelle est l’ampleur du mouvement aux États-Unis ?
François Noudelmann : Il ne faut pas surestimer son ampleur. À la New York University (NYU) où j’enseigne, on parle d’une centaine d’étudiants très actifs et très bruyants, qui ont installé une vingtaine de tentes et fait des blocages. Une centaine sur 63 000 étudiants. Il est aussi intéressant de regarder sociologiquement ces mouvements. Ils se produisent souvent dans des universités riches. La scolarité à Columbia – qui est aujourd’hui la tête de pont de ces mouvements – coûte 66 000 dollars l’année. La comparaison avec Sciences Po est sans doute intéressante. Les manifestants sont donc une population riche à laquelle se mêlent des étudiants « issus de la diversité », comme on dit.
“Il ne faut pas surestimer l’ampleur de ce mouvement. À New York, il s’agit d’une centaine d’étudiants sur 63 000”