Théâtre

“Fraternité, conte fantastique”. À nos chers disparus

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“Fraternité, conte fantastique”. À nos chers disparus

Fraternité, Conte fantastique. ©Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon

Cet article est issu du numéro 153 de Philosophie magazine « Peut-on changer de logique ? », en kiosque le 23 septembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Avec Fraternité, l’autrice et metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen imagine un « conte fantastique » sur la perte, qui emprunte autant à la science-fiction qu'au mélodrame et qui interroge la puissance de nos liens. Un spectacle à découvrir du 18 septembre au 17 octobre aux Ateliers Berthier (à Paris), puis en tournée en France et en Europe.

 

Et si une partie de l’humanité disparaissait le temps d’une éclipse ? Et si les cœurs lourds des éplorés pesaient sur le monde, au point de ralentir sa course ? Avec Fraternité, Caroline Guiela Nguyen imagine un « conte fantastique » et une variation sur la perte, sur ce qui nous unit et nous sépare. Parente de la série The Leftovers pour la trame, la pièce met en scène tous les subterfuges inventés par les Terriens en détresse, les « Restants », pour maintenir le lien avec les « Absents ». Dans ce monde apocalyptique, des « cabines à messages » ont ainsi été aménagées dans des « Centres de soin et de consolation ». Il est possible d’y enregistrer un témoignage pour l’avenir, une déclaration à l’intention des Absents… Cette pièce, qui emprunte autant à la science-fiction qu’au mélodrame, est aussi une illustration de « l’inventivité des morts et des vivants dans leurs relations », comme l’écrit Vinciane Despret dans Au bonheur des morts (La Découverte, 2015). Explorant ces « brèches dans l’opposition entre être et non-être », la philosophe remet en cause l’opposition dualiste entre ce qui existe et ce qui n’existe pas, pour analyser plutôt des « modes d’existence » et rendre compte « de la manière dont les personnes font l’expérience des relations avec leur défunt, avec les doutes, le scepticisme, les hésitations qui vont être les leurs pour être à la hauteur de cette expérience ». Comme elle, Caroline Guiela Nguyen montre que les disparus nous mettent en action. Pour préparer ce spectacle, la metteuse en scène a d’ailleurs mené son enquête : elle a interrogé des acteurs humanitaires, dont une médecin légiste qui identifie les corps de migrants noyés en Méditerranée ou des membres du Bureau de rétablissement des liens familiaux de la Croix-Rouge, essayant de comprendre quel est ce lien fraternel qui constitue la communauté humaine, par-delà morts et vivants. Si la narration se perd en circonvolutions, il reste la puissance d’émotion de la douzaine d’acteurs, professionnels ou non, âgés de 21 à 82 ans, qui composent sa troupe. Et cette ambition, quasi anthropologique, dont témoigne le joli nom de la compagnie : « Les Hommes approximatifs ». La vie est là.

 

De Caroline Guiela Nguyen, avec l’ensemble de l’équipe artistique / Mise en scène : Caroline Guiela Nguyen / Du 18/09 au 17/10, à L’Odéon-Théâtre de l’Europe (Ateliers Berthier : 1, rue André-Suarès, Paris XVIIe), puis en tournée en France et en Europe (dates sur leshommesapproximatifs.com) / Durée : 3 heures