Théâtre
Vietnam mélodrame
Saïgon mis en scène par Caroline Guiela Nguyen au 71e Festival d’Avignon © Christophe Raynaud De Lage
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Cet article est issu du numéro 116 de Philosophie magazine « Peut-on désirer sans dominer ? », en kiosque le 11 janvier 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
“Saigon”, une pièce écrite et mise en scène par Caroline Guiela Nguyen, examine les rapports entre la mémoire et l'histoire, à travers un mélodrame. Ce succès du Festival d’Avignon 2016 est repris à l’Odéon – Théâtre de l’Europe puis en tournée en France et dans le monde.
Saigon n’est plus qu’un nom mythique. Débaptisée au profit d’Hô Chi Minh-Ville, la ville est un souvenir, que l’artiste Caroline Guiela Nguyen traque au théâtre. Partie avec les membres de sa compagnie à la rencontre des Viet Kieu, les « Vietnamiens de l’étranger », comme sa mère, elle s’est emparée d’histoires intimes et familiales, recueillies au pays et dans le XIIIe arrondissement de Paris. Croisant les époques et les trajectoires, la pièce débute en 1996, à la levée de l’embargo permettant le retour au Vietnam des émigrés, mais elle opère des retours en 1956, après la défaite française en Indochine, poussant les familles à l’exil. Dans un même espace – la salle et la cuisine d’un restaurant –, les récits se télescopent. Marie-Antoinette (remarquable Anh Tran Nghia) est la propriétaire de cette cantine kitsch (loupiotes colorées et fleurs artificielles) et le trait d’union entre tous les personnages qui s’y croisent. De ces destins rattrapés par l’Histoire, Caroline Guiela Nguyen tire un spectacle émouvant, hanté par la tristesse du déracinement et le retour impossible. En usant des codes du mélodrame, car « c’est ainsi que se racontent les histoires au Vietnam : avec beaucoup de larmes », elle expose les conséquences d’une guerre passée sous silence, assurée que « nous sommes faits d’autres histoires que la nôtre, nous sommes faits d’autres blessures que les nôtres ».