Décryptage
Grandiloquence en démocratie
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Cet article est issu du numéro 1 de Philosophie magazine « 1 - avril/mai 2006 », en kiosque le 30 mars 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Contrairement aux idées reçues, la grandiloquence n’a rien d’aristocratique. Elle est, au contraire, l’apanage d’une société où le sens des hiérarchies et des nuances a été aboli. Tel est le point de vue que soutient le philosophe Frédéric Schiffter.
Contrairement à une vulgate établie par Platon, les sophistes ne furent en rien des illusionnistes du langage. Au contraire. S’ils enseignaient tous les « trucs » de la rhétorique, c’était pour aiguiser la méfiance du citoyen à l’égard des discours farcis de beaux principes ou de beaux sentiments, mais vides de sens, qu’il entendait en toute occasion sur l’agora. Déniaisé par leur pédagogie, le citoyen avait l’oreille fine pour repérer dans les paroles d’un orateur – candidat à une charge, à un commandement, à un magistère – un air de pipeau ou des vents de bouche.
Nous avons oublié la leçon des sophistes. Car le problème de notre société de masse n’est pas tant que les démagogues fassent main basse sur l’Etat, mais que tout le monde exerce son droit à la parole dans un laisser-aller général à la grandiloquence, autorisant les mots à manquer à leur fonction de désignation précise et adéquate des choses.