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Hamadi Redissi. « Il endosse une critique platonicienne de la liberté »

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Hamadi Redissi. « Il endosse une critique platonicienne de la liberté »

© Olivier Marbœuf pour PM

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Cet article est issu du numéro 49 de Philosophie magazine « 49 - mai 2011 », en kiosque le 27 avril 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Dans le contexte actuel des révolutions qui secouent le monde arabe, en quoi est-il important de relire Averroès ? La question est en apparence inactuelle : les masses se sont révoltées pour des valeurs modernes qu’Averroès ne pouvait qu’effleurer dans le contexte médiéval qui était le sien. En fait, il y a deux Averroès, le philosophe commentateur des Grecs et le jurisconsulte aux prises avec le problème de la connexion entre religion et philosophie. On doit au premier un commentaire de la République de Platon, conservé en hébreu, traduit en anglais (1956) et en arabe (1998). Là, fidèle au livre VIIII de la République, il explique comment l’oligarchie par son amour démesuré du lucre pousse les pauvres à “conspirer” contre les riches (il n’utilise guère le terme “révolution”). Ils instaurent une démocratie, une cité de la masse fondée sur la liberté, c’est-à-dire le droit de tout un chacun de faire ce que bon lui semble. La cité s’enivre de liberté au-delà de toute tempérance ; tous deviennent égaux. Le désordre s’installe. La fin est tragique : le peuple porte un tyran au pouvoir. Averroès qualifie certaines principautés musulmanes de son temps de “démocraties” et montre comment elles dégénèrent en “tyrannies”. Cependant, à la lumière des révolutions arabes contemporaines, le déroulé scénique (oligarchie, démocratie, tyrannie) qu’il propose doit être révisé : les peuples arabes s’insurgent aujourd’hui contre deux régimes en un seul, l’oligarchie et la tyrannie. Ils se révoltent contre des chefs “dissipateurs” (Platon) qui ont dilapidé les ressources nationales, emballés dans des “tyrannies électives” (Aristote). De même, Averroès endosse la critique platonicienne de la liberté qu’il assimile à l’effronterie. D’ailleurs, il n’utilise pas le terme arabe qui désigne la liberté (hurriya), mais la passion (hawa). Or, il s’avère que les peuples arabes, les Tunisiens en tête, sont animés d’une vraie “passion” pour la liberté moderne, qui n’est pas pour autant synonyme de licence…  

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