Vie des idées

“Harlem Renaissance”, les cent ans d’un mouvement artistique et philosophique foisonnant

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“Harlem Renaissance”, les cent ans d’un mouvement artistique et philosophique foisonnant

De g. à dr. : Langston Hughes (poète, romancier, novelliste), Charles S. Johnson (sociologue), E. Franklin Frazier (sociologue, essayiste), Rudolph Fisher (écrivain et musicien) et Hubert T. Delany (avocat), sur le toit du 580 St. Nicholas Avenue, à Harlem, New York (États-Unis), à l'occasion d’une fête en l'honneur de Langston Hughes, en 1924. © Schomburg Center for Research in Black Culture/The New York Public Library

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Fin mars 1924, se tenait dans le quartier de Harlem, à New York, un dîner d’intellectuels considéré comme le point de départ de la Renaissance de Harlem, un mouvement afro-américain emmené par des philosophes et des artistes ayant influencé durablement la culture américaine. Norman Ajari nous le présente.


 

Dans le monde entier, l’entre-deux guerres fut une période de tentations politiques extrêmes, où tous les idéaux sociaux semblèrent réalisables. Fascistes et communistes se disputent les rues, les parlements et les usines dans les capitales européennes. Dans les pages des revues et les couloirs des expositions, les avant-gardes artistiques laissent exploser leurs imaginaires de réinvention de la vie, à l’image du futurisme ou du surréalisme.

En Amérique, cette fougue d’inventivité revêt des formes différentes. Nous sommes à une époque où, dans les États ci-devant esclavagistes du Sud, les notables enfilent à la nuit tombée les robes blanches du Ku Klux Klan pour semer la terreur dans les communautés noires. Le sheriff, le juge, le patron ou le médecin qui les discriminent le jour les prennent en chasse au clair de lune. Cette atmosphère irrespirable conduit deux millions d’Afro-Américains sur les routes l’exil : c’est la Grande Migration. Les métropoles du nord du pays ont besoin de main-d’œuvre bon marché et offrent aux Noirs un relatif anonymat inenvisageable dans les bourgs de leurs États d’origine.

Harlem,  urbi et orbi

C’est ainsi que Harlem, à l’origine peuplé par la classe ouvrière blanche, devient peu à peu le quartier noir que chacun connaît aujourd’hui. Au cœur de ces années 1920 et 30, grosses d’innombrables rêves de transformation, ce secteur de New York, au nord de Manhattan, devient le cœur d’un microclimat culturel, artistique et intellectuel voué à influencer l’Amérique et le monde. À Harlem on connaît aussi, bien sûr, les noms de Mussolini et de Lénine ; mais ils résonnent plus lointainement qu’ailleurs. D’autres enjeux paraissent plus pressants.

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