Exposition

“L’Invention de la Renaissance” : à livre ouvert

Temps de lecture : 2 min

“L’Invention de la Renaissance” : à livre ouvert

Renaissance 1- Albrecht Dürer (1471 - 1528). Erasme de Rotterdam, 1526 Gravure. © BnF, département des Estampes et de la photographie. 2 - Juste de Gand et Pedro Berruguete. Portrait de Platon, Urbino, vers 1472-1478 Huile sur bois © Paris, musée du Louvre

Cet article est réservé aux abonnés.

En présentant de nombreux manuscrits et ouvrages de la Renaissance, cette exposition à la Bibliothèque nationale de France montre comment le livre a été le moteur de la révolution humaniste et a permis l’invention de la modernité.

 

« Le repos sans l’étude est la mort : l’homme s’y enterre vif. » Cet aphorisme de Sénèque, prisé des humanistes, se retrouve dès l’entrée de l’exposition organisée à la Bibliothèque nationale de France (BnF), consacrée à L’Invention de la Renaissance. Il orne la couverture en cuir d’une traduction latine d’un texte grec, exposé dans l’une des vitrines. Le livre apparaît effectivement au cœur de ce parcours (moins ambitieux que son titre ne le laisse penser, la place de l’artiste y étant réduite) comme le vecteur de cette révolution intellectuelle et morale, qui repose sur la diffusion du savoir et la constitution d’un réseau d’intellectuels. Ce qu’un diplomate italien appellera en 1417 la « Respublica literaria » ou République des lettres. Ce territoire utopique unit les humanistes européens autour d’un patrimoine gréco-latin et de la croyance dans la perfectibilité de l’homme. Parmi ses figures emblématiques, on compte Pétrarque, et sa quête philologique sur les traces des auteurs antiques dont il déniche les textes oubliés lors de ses voyages, Érasme, qui promeut l’éducation contre les dogmatismes, ou Machiavel, qui théorise l’art politique moderne. Dans une lettre à un ambassadeur auprès du pape, le philosophe évoque en 1513 ses soirées passées à l’étude, dans son « studiolo », une pièce dédiée à la lecture et à l’écriture : « Je pénètre dans mon cabinet et […] j’entre dans les cours antiques des hommes de l’Antiquité. Là, accueilli avec amabilité par eux, je me repais de l’aliment qui par excellence est le mien, et pour lequel je suis né. Là, nulle honte à parler avec eux, à les interroger sur les mobiles de leurs actions, et eux, en vertu de leur humanité, ils me répondent. » La conversation fictive avec ces « hommes illustres » est rendue possible par le développement de l’imprimerie – dont celle d’Alde Manuce à Venise, qui fédère autour de ses presses un cercle d’érudits –, laquelle amplifie la diffusion de copies, de traductions et d’ouvrages critiques. Pétrarque nourrit même le projet (inabouti) de créer la première « bibliothèque publique » ouverte aux lettrés, ce que finiront par initier les princes européens, et notamment français, en créant le fonds des bibliothèques royales. Alors que cet écosystème livresque, qui a nourri cinq siècles d’histoire, est bousculé par le développement des technologies, s’abîmer dans l’admiration des enluminures, qui rehaussent l’exceptionnelle collection d’ouvrages alignés à la BnF, renvoie à un monde merveilleux. Un paradis perdu ? 

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

CultureHumanisme