Politique
Comment devenir un candidat crédible avec Machiavel
Portrait de Niccolò Machiavelli, dit Machiavel (1469-1527), collection privée. © Heritage Images/Aurimages
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Cet article est issu du Hors-série n°52 de Philosophie magazine « Machiavel », en kiosque le 24 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Si Machiavel (1469-1527) n’a pas connu nos démocraties représentatives, il fournit – dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live (1531) – quelques conseils qui peuvent être fort utiles à l’aspirant souverain qui cherche à se faire élire. Comment devenir un dirigeant public, investi d’une véritable stature présidentielle ? Voici huit recommandations du Florentin, que nous vous proposons à l’occasion de la parution en kiosque de notre hors-série sur Machiavel.
1. Être en phase avec l’état du monde et de la société…
“J’ai souvent observé que la cause du succès ou du non-succès des hommes dépendait de leur manière d’accommoder leur conduite aux temps. […] Les hommes dans leur conduite, et surtout dans les actions d’éclat, doivent examiner le siècle où ils vivent et s’accommoder aux temps”
Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live (posth., 1531)
Rien de fixe, dans l’univers de Machiavel. Les préoccupations, les enjeux, les problèmes se métamorphosent sans arrêt. L’homme politique, pour être convaincant, doit épouser le cours des événements, plutôt que de se cramponner à des idées ou des principes tout faits. Reste à déterminer – c’est bien là tout le problème – quelles sont les questions dans l’air du temps… Est-ce l’écologie – que 94% des Français considèreraient comme un « enjeu capital », à entendre Jadot ou Mélenchon ? Sont-ce l’identité et la sécurité – thèmes typiques des discours de Zemmour ou Le Pen ? La question, cruciale, reste ouverte.
2. …Tout en garantissant une certaine continuité
“Que les princes se pénètrent donc de cette vérité : qu’ils commencent à perdre le trône à l’instant même où ils violent les lois, où ils s’écartent des anciennes institutions et où ils abolissent les coutumes sous lesquelles les hommes ont vécu si longtemps”
Machiavel, ibid.
S’il doit épouser le cours des choses et l’évolution des rapports de forces sociales, l’aspirant prince n’est pas pour autant un révolutionnaire. Vouloir faire table rase, remettre à plat les traditions, les modes de vie ou les institutions est souvent mal perçu par la société civile. Le souverain en devenir doit donc éviter de se montrer trop radical. Cette sensibilité à l’ordre traditionnel explique sans doute en partie le succès de Zemmour, et la marginalisation des formations trotskistes, qu’il s’agisse de Poutou ou de Kazib.
3. Avoir l’air honnête
“Un prince doit s’efforcer de se faire une réputation de bonté, de clémence, de piété, de loyauté et de justice – il doit d’ailleurs avoir toutes ces bonnes qualités – mais rester assez maître de soi pour en déployer de contraires lorsque cela est expédient. [...] Il doit surtout s’étudier à ne rien dire qui ne respire la bonté, la justice, la civilité, la bonne foi et la piété”