France / “Affaire Fillon”
Thierry Ménissier : “Le piège dans lequel François Fillon a voulu enserrer les autres s’est refermé sur lui”
François Fillon en dédicace en 2015 (cc) Wikimedia Commons / G.Garitan
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Cet article est issu du numéro 107 de Philosophie magazine « Peut-on aller bien dans un monde qui va mal ? », en kiosque le 15 février 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour le philosophe Thierry Ménissier, le candidat des Républicains à l’élection présidentielle (à l’heure où nous publions) a rompu le pacte machiavélien qu’il entretenait avec ses électeurs. Explications d’un spécialiste de l’auteur du “Prince”.
François Fillon vient de perdre brutalement son statut de favori à l’élection présidentielle. Comment percevez-vous ce rebondissement ?
Thierry Ménissier : Cette campagne est traversée par une imprévisibilité qui redonne à la politique son caractère spectaculaire et dramaturgique. Il apparaît que, moyennant un travail sérieux de la presse, un candidat qui se présentait comme l’incarnation de l’honnêteté est pris au piège de l’image qu’il renvoyait à ses électeurs. Le débat sur les affaires nous détourne-t-il des vrais enjeux ? Je ne le pense pas. Les primaires ont accouché de candidats qui proposent un style et des programmes très différents : le conservatisme de Fillon, le renouveau promis par Macron, le nationalisme et le populisme de Le Pen, le progressisme de Hamon… Il s’agit maintenant de juger chacun des candidats un à un. L’affaire Fillon participe de ce travail de sélection. Le piège dans lequel il a voulu enserrer les autres s’est refermé sur lui. Cela dit, on ne lui reproche pas seulement d’avoir dissimulé des revenus, mais d’avoir confondu son intérêt domestique et familial avec l’intérêt public. Il est problématique de favoriser outrageusement sa famille, quand bien même le droit le permet. Cela rentre dans ce que j’appelle des cas de « quasi-corruption ».