La retraite d’Érasme/ Bruxelles, Belgique
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Cet article est issu du numéro 59 de Philosophie magazine « 59 - mai 2012 », en kiosque le 26 avril 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le plus célèbre des humanistes de la Renaissance trouva dans la douceur de ce lieu verdoyant une nouvelle jeunesse qui lui permit de défendre ses convictions pacifistes dans l’Europe déchirée par les conflits religieux.
À Anderlecht, une commune à l’ouest de Bruxelles, derrière la collégiale Saints-Pierre-et-Guidon, se cache une superbe maison, construite en 1515 dans le plus pur style de l’architecture espagnole. Érasme (1466-1536) y séjourna quelques mois en 1521, à l’invitation d’un chanoine lettré, Pieter Wijchmans, avec lequel il correspondait depuis longtemps. Situé près du vieux béguinage, cet endroit, considéré alors comme campagnard, s’avéra pour le prince des humanistes un précieux refuge.
C’est par prudence en effet qu’il s’y rendit : alors professeur à l’université de Louvain, Érasme préféra quitter sa chaire d’enseignement plutôt que de subir plus longtemps la jalousie des autres moines, et ce malgré la protection du pape. On lui reprochait d’enseigner l’hébreu, de vouloir diffuser les livres sacrés au plus grand nombre. On le rendait responsable de favoriser le schisme protestant en adoptant une attitude trop neutre à l’égard de Luther. Il est vrai qu’Érasme fut l’un des premiers théoriciens de la tolérance, ce qui, à l’aube des guerres de religions, ne pouvait que déplaire. C’est encore par prudence qu’il partit d’Anderlecht quand il apprit qu’on lui préparait un bûcher sur la Grand-Place de Bruxelles. Ainsi Érasme vécut-il malgré lui ce qu’il raconte dans la Querela pacis (La Complainte de la paix) : la Paix, personnifiée (comme la Folie dans le célèbre éloge), cherche en vain un refuge parmi les hommes et, lorsqu’elle pense le trouver dans un monastère, des querelles intestines l’obligent à fuir à nouveau.