Au fil des âges
La retraite
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Cet article est issu du numéro 23 de Philosophie magazine « 23 - octobre 2008 », en kiosque le 25 septembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Inventée pour être un « secours » contre l’indigence sénile, la retraite est devenue une sorte de droit à l’épanouissement personnel.
Bienfaits de la médecine : nous restons vieux de plus en plus tard. Méfaits de l’économie : nous le devenons de plus en plus tôt. Notre époque est décidemment bien étrange qui a forgé ce nouvel âge de la vie : celui de la retraite, où l’on est « âgé sans être vieux ». Un âge d’or ? C’est l’opinion de près de 60 % des Français qui attendent avec impatience la petite cérémonie du départ : il y aura des chips et des cacahuètes, un petit kir, le discours du chef, les cadeaux – au choix : un transat, une Pléiade, une canne à pêche… – et puis les adieux. Commencera alors une nouvelle ère, au cours de laquelle, « bon pied, bon œil » pour quelques temps encore, on pourra rattraper le temps qui a été perdu dans la frénésie professionnelle. Tout alors redevient possible. Sorti du tourbillon de l’urgence, de la performance et des responsabilités imposées, on entre dans la catégorie, appréciée des festivals, du « hors compétition ». Certes, il va falloir lutter contre l’ennui et le sentiment d’inutilité ; sans doute faudra-t-il aussi s’occuper des vieux parents et des petits-enfants ; peut-être que le montant des pensions ne sera pas aussi élevé que prévu ; mais s’ouvre devant nous une nouvelle vie, où l’on sera actif par choix et par plaisir, libéré des obligations statutaires, pour trouver le temps de penser à soi.