France / Politique
La réforme des retraites est-elle juste ?
Maubeuge (59), le 7 mars 2023. Manifestation contre la retraite à 64 ans. © Sami Belloumi/Voix du Nord/Maxppp
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Cet article est issu du numéro 168 de Philosophie magazine « Transclasses. Sommes-nous déterminés par nos origines sociales ? », en kiosque le 23 mars 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La réforme des retraites est souvent abordée sous l’angle de catégories concernées : jeunes actifs, préretraités, femmes… Mais si on lui applique les principes du théoricien de la justice John Rawls, sans tenir compte de notre place dans la société, cela change-t-il la donne ?
Si deux tiers des Français rejettent la réforme des retraites, les disparités sont fortes. Selon un sondage récent, les retraités sont 50 % à la soutenir, tandis que les moins de 35 ans y sont opposés à 74 %. Les employés du privé y sont moins défavorables que les fonctionnaires. D’ailleurs, la discussion publique pointe les injustices catégorielles qu’elle entraînerait. Ceux qui ont commencé à travailler tôt y perdraient, tout comme les femmes ou les personnes en fin de carrière, placardisées ou contraintes au chômage. La suppression annoncée des régimes spéciaux mécontente aussi les catégories visées. Chacun a, suivant son âge, son genre, son métier, sa situation financière, sa santé, des raisons d’approuver ou de critiquer cette loi.
Est-ce la bonne méthode pour décider si cette réforme est « juste », comme le prétend le gouvernement ? Ses opposants réfutent ce qualificatif et font de leurs protestations une impulsion légitime. Mais qu’en est-il vraiment ? Le philosophe américain John Rawls propose dans son livre Théorie de la justice (1971) l’expérience de pensée du « voile d’ignorance ». Il s’agit pour chacun de tenter d’ignorer « sa place dans la société, sa position de classe ou son statut social ». C’est ce qu’il appelle la « position originelle ». Si chacun décide d’oublier, ne fût-ce qu’un temps, qu’il est homme ou femme, malade ou en bonne santé, qu’il travaille dans le secteur public ou privé, alors sa réflexion sur ce qui est juste et injuste sera universelle, au lieu de se résoudre dans une défense plus ou moins avouée de ses intérêts particuliers.