Cinéma
“Humanitude”, le concept fumeux au cœur du film “Soudain” avec Virginie Efira
“Soudain”, de Ryusuke Hamaguchi. © Cinéfrance Studios
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En compétition au Festival de Cannes 2026, le film de Ryusuke Hamaguchi Soudain s’intéresse à une directrice d’Ehpad qui veut mettre en place une nouvelle technique de soin : « l’humanitude ». Une théorie qui existe bel et bien, mais qui s’avère tout sauf sérieuse. Enquête.
Il a été loué par la presse française et a reçu le double prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes, samedi 23 mai, pour Virginie Efira et Tao Okamoto. Le film Soudain, de Ryusuke Hamaguchi (en salles le 12 août), sera l’un des longs-métrages importants de l’année. Il narre la rencontre à Paris entre deux femmes, une Française directrice d’Ehpad et une Japonaise metteuse en scène de théâtre, atteinte d’un cancer. Un coup de foudre amical qui donne lieu à de longues conversations sur le soin, les inégalités, la fin de vie et la beauté de l’existence.
Malgré ses indéniables qualités (film très doux, attentionné, bien écrit), Soudain souffre d’un problème notoire. Dans son établissement où résident de nombreuses personnes dépendantes et/ou atteintes de troubles cognitifs, Marie-Lou (Virginie Efira) tente d’implanter auprès de son équipe « l’humanitude », présentée comme une « philosophie du soin révolutionnaire ». Sauf que cette notion, inconnue du grand public mais effectivement tirée d’un livre existant, n’est ni une philosophie, ni révolutionnaire. Elle représente même une approche controversée du soin.
Une “théorie” vieille de quarante ans
Le néologisme « humanitude » a été forgé au début des années 1980 par Yves Gineste, professeur de sport, et sa femme Rosette Marescotti, lors d’une conférence à un congrès de gérontologie. Ils en ont fait une marque déposée afin de pouvoir donner des formations à des personnels travaillant dans le domaine du soin aux personnes âgées et dépendantes. C’est en 2007 qu’Yves Gineste livre sa vision détaillée de « l’humanitude » dans un essai co-écrit avec Jérôme Pellissier, Humanitude. Comprendre la vieillesse, prendre soin des hommes vieux (Armand Colin).
Que trouve-t-on dans cet essai ? Essentiellement, des considérations générales sur notre humanité commune et le besoin de bienveillance. « L’humanitude est une philosophie qui veille à comprendre les caractéristiques de l’homme et les liens qui permettent aux hommes de se reconnaître les uns les autres comme appartenant à la même espèce. » Si le mot « philosophie » est répété une vingtaine de fois, on peine à trouver une dimension proprement philosophique à cette succession de gentilles remarques, qui prennent parti pour « tous les soins qui procurent du bien-être, psychique et physique, du confort, du plaisir, qui vivifient la confiance et l’estime de soi ».