Ivan Illich. Sa vie
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Cet article est issu du numéro 88 de Philosophie magazine « Où avez-vous la tête ? », en kiosque le 26 mars 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Prêtre, chimiste, critique de la société industrielle, il a mis sa vie en conformité avec ses idées.
Ivan Illich est né en 1926 à Vienne, en Autriche. Son père est croate, sa mère, d’origine juive, s’est convertie au catholicisme. Enfant cultivé et curieux (« j’ai acquis presque toutes mes connaissances en dehors de l’école », dira-t-il), il doit fuir l’antisémitisme et se réfugie à Florence en 1942. Étudiant en chimie, spécialiste de cristallographie, il participe occasionnellement à la résistance antifasciste. Après-guerre, c’est à Rome qu’il poursuit ses études, se tournant vers la philosophie, la théologie et l’histoire. Il décide finalement de devenir prêtre. Promis à une brillante carrière au Vatican, ce polyglotte s’envole pour les États-Unis en 1951, où il compte faire des recherches sur l’alchimie d’Albert le Grand. Mais à la prestigieuse université de Princeton, il préfère une paroisse portoricaine au cœur de Manhattan, où il se met au service des migrants. Nommé vice-recteur de l’université catholique de Porto Rico en 1956, il entre en conflit avec l’autorité catholique, qui n’apprécie guère ses prises de position en faveur de la contraception. Après avoir sillonné l’Amérique du Sud, il fonde au Mexique un lieu d’enseignement en marge des institutions qui deviendra en 1966 le Cidoc (Centre interculturel de documentation). Dans ce bouillonnant laboratoire d’idées où affluent les intellectuels du monde entier, Illich affûte sa critique du développement prôné par les sociétés industrielles. Dans le contexte d’après-Mai-68, ses essais au titre souvent provocateur, comme Une société sans école (1971) ou Le Chômage créateur (1977), lui valent une grande notoriété. Après avoir fermé le Cidoc en 1976, pour éviter son institutionnalisation, il enseigne dans plusieurs universités allemandes et américaines. Moins polémiques, ses derniers écrits, comme H2O ou les eaux de l’oubli (1985) ou Dans le miroir du passé (un recueil de textes paru en 1992), sont moins médiatisés. Atteint d’une tumeur au visage, il meurt à Brême en 2002, relativement oublié.