« J’ai comme tout le monde ce que l’on appelle pompeusement un problème existentiel. Qui suis-je ? Tutti quanti…
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Cet article est issu du numéro 32 de Philosophie magazine « 32 - septembre 2009 », en kiosque le 27 août 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pourtant ces problèmes disparaissent dès qu’ il y a une égratignure sur la carrosserie de ma vieille Clio, que le ballon de mon neveu détruit une fleur du jardin, que la boutique qui devait ouvrir à 9 heures reste fermée jusqu’à 9 h 15. C’est quoi être philosophe ? Ne pas s’énerver ? Se dire que ces broutilles sont sans importance par rapport aux grands problèmes métaphysiques ? Ou que les grands problèmes existentiels deviennent des broutilles par rapport à ces petits emmerdements de la vie quotidienne qui nous taraudent ? Vive les petits emm… finalement, cela évite de penser, non ? » Jean-Pierre Causse
Être philosophe, est-ce ne pas s’énerver ? Non, bien sûr que non ! Il est vrai que cela en arrangerait beaucoup que la philosophie ne soit que cela : une méthode pour rester zen, une attitude de détachement, d’indifférence hautaine ou de résignation. Ce serait bien pratique, en effet, que le philosophe ne soit qu’un « sage », barbu et exilé, ayant renoncé à changer la société, ayant éteint en lui le désir d’un monde meilleur et capable désormais de « prendre les choses avec philosophie ». On pourrait d’ailleurs interroger le fait que le sens commun se représente ainsi la philosophie comme une sagesse, une forme de distance avec l’agitation du quotidien. N’y a-t-il pas là une volonté à peine cachée de désamorcer – ou de ne pas vouloir voir – la force révolutionnaire de la philosophie ? N’y a-t-il pas là un déni de ce qui fait souvent qu’un hommecommence à philosopher : un refus du monde tel qu’il est, une insatisfaction à l’égard d’une forme de vie inauthentique, une volonté justement de se confronter à ce qui est problématique, énervant, troublant, exaspérant, inacceptable, scandaleux ?