Écologie

Jets privés, golfs : doit-on faire des riches les boucs émissaires de la crise climatique ?

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Jets privés, golfs : doit-on faire des riches les boucs émissaires de la crise climatique ?

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Tout au long de l’été, les riches, à travers leurs loisirs et leur mode de vie, en ont pris pour leur grade. Une colère justifiée ou un acharnement démesuré ?

 

En termes relatifs, les riches polluent bien davantage que les autres. Mais en valeur absolue, leurs comportements individuels – les jets privés, par exemple, ne représentent que 0,2 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle globale – occupent une part mineure dans le réchauffement climatique. Se focaliser sur les riches, n’est-ce pas occulter l’impact beaucoup plus considérable de la consommation du grand nombre ? Peut-être. Il n’empêche : par leur comportement, les riches ont en partie certainement mérité leur nouveau statut de bouc émissaire.

“Le bouc émissaire n’agit que sur les rapports humains détraqués par la crise mais il donnera l’impression d’agir également sur les causes extérieures”
René Girard

 

René Girard a analysé en détail la logique du bouc émissaire dans l’ouvrage du même nom publié en 1982. Selon le philosophe, toute crise déstabilisant la structure sociale régulant les rapports humains produit un déchaînement de violence. Pour que cette violence ne détruise pas la société, elle est canalisée et dirigée par la majorité vers un « bouc émissaire » : « Les crises […] déclenchent les grandes persécutions collectives. » La « victime sacrificielle » permet à la société d’expier, de se purger – par le lynchage, le meurtre ou l’exclusion – de la violence qui menace de la détruire, et de supporter une crise dont ses membres sont collectivement responsables. « Le sens de l’opération est de rejeter sur les victimes la responsabilité de cette crise et d’agir sur celle-ci en détruisant lesdites victimes ou tout au moins en les expulsant de la communauté qu’elles “polluent”. » Girard continue : « Le bouc émissaire n’agit que sur les rapports humains détraqués par la crise mais il donnera l’impression d’agir également sur les causes extérieures. » La victime elle-même n’a pas de responsabilité dans la crise traversée. 

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