Joue-la comme Socrate !

Temps de lecture : 5 min

Joue-la comme Socrate !

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 100 de Philosophie magazine « Qu’est-ce que la philosophie ? », en kiosque le 26 mai 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Qui incarne la philosophie ? Sans conteste, c’est Socrate. Il n’est pas le premier des philosophes, mais on désigne ceux qui viennent avant lui comme les représentants d’une préhistoire : les présocratiques. Il a en outre été le maître à penser de Platon, fondateur de l’Académie. Condamné à la mort par ses concitoyens d’Athènes en 399 avant J.-C., il bénéficie du statut de martyr. En décrivant les traits principaux de ce personnage, voyons si nous pourrons mieux comprendre ce qu’est la philosophie.

On s’aperçoit assez vite que Socrate n’est pas un héros ordinaire. Comme prince de la pensée, on a vu mieux. Au sein d’une culture éprise de beauté, il est laid. Avec sa tête de satyre et sa mise négligée, il détonne parmi les aristocrates qu’il fréquente. L’incarnation de la philosophie ressemble moins à George Clooney qu’à l’inspecteur Columbo. Il est du genre à laisser tomber ses cendres sur le sol des villas, à parler de sa femme à tort et à travers, à poser des questions bizarres – et à ne pas s’en aller avant d’avoir obtenu des réponses. Il traîne dans Athènes, à la fin du glorieux Ve siècle, et interroge les grands hommes de son époque : poètes, notables, généraux, politiciens, savants, rhéteurs, sophistes… Son tour favori est de leur demander quel est l’objet de leur savoir, pourtant reconnu par tous. La plupart du temps, la réponse fuse. Ces experts s’occupent de politique, de sagesse, de langage, de beauté, de science, de justice, de croyance, de vertu… Socrate les prie de définir ces termes, d’indiquer si leur spécialité peut s’enseigner, à quelles conditions, etc. Et la discussion commence. Socrate coupe les cheveux en quatre, embrouille ses interlocuteurs, les emmène dans des sophistications sémantiques et logiques, ridiculise plus ou moins charitablement les spécialistes, provoque les puissants, réfute les sages. Il repart en ayant semé le trouble dans les esprits, non sans avoir expliqué qu’il est tout aussi ignorant que ses contradicteurs. Mais lui, au moins, murmure-t-il avec un sourire narquois, sait qu’il ne sait rien. Le premier trait de la philosophie serait ainsi de mettre en doute les savoirs les mieux ancrés, de s’étonner face aux évidences, sans pour autant apporter une réponse de substitution.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Maïeutique