Hors-série “L’amour au XXIe siècle”

Jouir d'aimer, par Alexandre Lacroix

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Cet article est issu du Hors-série n°61 de Philosophie magazine « L’amour au XXIe siècle », en kiosque le 20 juin 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Quels rapports entretiennent le sexe et l’amour ? Si les philosophes n’ont pas toujours été très bavards sur le sujet, il est possible d’aller chercher auprès des classiques quelques impulsions pour y voir plus clair dans nos expériences.

 

« La fin de l’amour est de s’approcher du plaisir comme d’une chose belle et bonne. » Dans cette citation, le mot « fin » est à entendre dans le sens de finalité, but. Cette formule se trouve dans un ouvrage qui a électrisé les lecteurs de la Renaissance et qui exerça une véritable influence sur Spinoza : les Dialogues d’amour de Léon l’Hébreu, publiés à titre posthume en 1535. Au long de ces dialogues philosophiques, un homme – Philon – parle d’amour avec une femme, nommée Sophie. C’est un grand enthousiaste et il semble, à première vue, tenir un discours parfaitement compatible avec la foi et la vertu religieuses. S’inscrivant dans la lignée d’un Marsile Ficin et reprenant les codes de l’amour platonique chers aux lettrés de son temps, Philon se fait fort de mépriser l’égarement des corps, la fornication, et de prôner une forme d’amour intellectualisée. Mais son lyrisme est tel quand il évoque l’union de l’âme avec Dieu, ou encore la puissance du flux d’amour qui relie tous les êtres au sein de la Création, qu’on saisit entre les lignes qu’il brûle de passion pour Sophie. Hélas, son éloquence ne sera pas payante : la jeune femme s’en tiendra à la lettre de son enseignement, faisant mine de ne pas en comprendre l’esprit, et n’accordera pas ses faveurs à Philon.

Extraite de son contexte historique et du ­néoplatonisme de la Renaissance qui l’inspire, la formule de Léon l’Hébreu reste saisissante jusqu’à nos jours : « La fin de l’amour est de s’approcher du plaisir comme d’une chose belle et bonne. » Pour la moderniser, on pourrait en proposer cette version plus cash : « Lorsqu’on regarde un film porno, si intenses soient les étreintes, elles gardent un côté difforme et grimaçant. » Ou bien, si l’on veut dire la même chose de manière plus enrobée et sentimentale  : « Coucher avec quelqu’un dont on est amoureux, c’est encore mieux, encore plus beau. L’amour transcende le plaisir et le fait accéder à un niveau supérieur. » Est-ce qu’une telle affirmation nous paraît exagérément mièvre aujourd’hui, ou continue-t-elle de sonner juste ?

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