Le billet de Jean-Marie Durand

J’y pense et puis je lis/Mars 2022

Temps de lecture : 2 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 157 de Philosophie magazine « Comment la droite s’est emparée des esprits », en kiosque le 17 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

© Seuil


© Seuil 

Perte des idéaux, désorientation générale, étouffement, catastrophe écologique… L’éclipse pourrait être l’« image-temps » qui traduit notre présent. Ce qui vient ne se vit pas très bien ; l’horizon de la catastrophe nous pétrifie. À la mesure de ces incertitudes inquiètes – ou de ces inquiétudes certaines –, le monde de la pensée s’agite pour, sinon consacrer ce sentiment de perdition, au moins imaginer la possibilité de lui faire face. La Société qui vient, comme le suggère Didier Fassin dans l’ouvrage collectif impressionnant qu’il a dirigé au Seuil (1 313 p., 29 €) en compagnie de 63 chercheurs, se confronte à ce « moment critique », marqué par l’existence de multiples crises – tout est en crise, y compris l’idée de crise. Mais si ces crises provoquent la sidération, le moment critique rend, lui, « l’action nécessaire », affirme Fassin. Ce qui vient, c’est, par-delà la pétrification, la nécessité de combler l’écart entre les champs d’expérience et les horizons d’attente ; écart dont la défiance à l’égard du politique, le sentiment de n’avoir plus prise sur le cours des choses sont les symptômes criants. Cartographiant les enjeux de ce qui nous attend et nous travaille (du système-Terre à la postmondialisation, du nouveau contrat social avec le vivant aux communs, des inégalités aux demandes de reconnaissance…), La Société qui vient ne s’accommode pas de la désespérance qu’elle documente. Pour Fassin et ses amis, le spectre de la fin des temps donne même lieu à une réouverture des imaginations. Comme l’écrit ici Mathieu Potte-Bonneville, « la tâche actuelle du progressisme n’est pas seulement de donner un avenir aux catégories héritées de la modernité, elle est, tout autant, de donner un passé et une mémoire à l’irruption discontinue des combats en vue de l’avenir ». Rien n’est fini, le pire n’est pas certain. Ce qui vient, ce sont ces inquiétudes rattrapées par des combats.

Les concepts liés à cet article

Fatalisme