Sens et vie
La bêtise
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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Elle est commune, majoritaire, en même temps que paradoxale. Vouloir l’éviter à tout prix est le meilleur moyen d’en faire preuve.
L’inculture est périssable, et s’estompe avec l’apprentissage ; la bêtise est incurable, car elle repose sur un savoir acquis. L’ignorance est soluble dans la connaissance, contrairement au sentiment de connaître, dont la bêtise repose sur la certitude de ne plus être concerné par la bêtise… La bêtise est donc de croire à la fois que les autres sont bêtes et qu’il suffit d’un peu de culture pour y remédier. Oubliant que « le besoin d’une foi puissante n’est pas la preuve d’une foi puissante » (Nietzsche), mais plutôt son antithèse, la savante bêtise, la raison suffisante, militante et pêchue, s’active à détromper ses semblables, à démasquer le mensonge que nul n’ignore, à montrer à l’œdipien ses pulsions homicides ou incestueuses, bref, à brandir les évidences comme autant de trouvailles. Les convictions n’étant inébranlables qu’en vertu du doute qui, secrètement, les anime, et la bêtise étant elle-même convaincue du contraire, la bêtise n’enseigne rien que chacun ne sache déjà. Mieux vaut croire (c’est-à-dire douter) que Jésus a marché sur l’eau ou qu’il est ressuscité, que démontrer par A + B qu’en vertu des lois de la nature de telles prouesses sont impossibles. Le consommateur de téléréalité est, en ce sens, autrement (sinon moins) bête que l’engagé sans humour qui dénonce la société du spectacle à laquelle il croit, lui, avoir définitivement échappé ; le premier sait, au moins, qu’il s’égare, le second ne doute pas de s’être sauvé.