La simplicité

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Cet article est issu du numéro 20 de Philosophie magazine « 20 - juin 2008 », en kiosque le 29 mai 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Apprendre à faire simple, tel serait l’un des principaux enseignements de la philosophie : pour en être capable, l’esprit doit se priver de toutes les complications qui le rassurent.

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Parce que c’est plus facile. Comme il est plus facile de fuir le bonheur que d’être heureux. Tout labyrinthe a son issue, tout problème a sa solution : qui se complique l’existence se rassure en la mettant à la portée de son intelligence, alors qu’un geste simple, si simple qu’il est indécomposable, a ceci d’inquiétant qu’il ne se pense pas mais dépasse, immensément, l’ordre causal qui le précède et les sentences, après coup, des faux prophètes. « Un genre de vie simple est chose difficile, dit Friedrich Nietzsche : il y faut beaucoup plus de réflexion et d’inventivité que n’en ont les gens même très intelligents. » La complication rassérène l’esprit que la simplicité déstabilise comme le petit garçon désarçonne son père par les questions qu’il lui pose. De même que nous avons besoin, pour vivre, d’adapter le monde à nos besoins, de parler pour tromper le silence, de « soulever la poussière » (Henri Bergson) pour ne pas voir, de bâtir des repères pour conjurer la nouveauté, d’inventer l’éternité pour tuer le temps, de poser des étiquettes et de machiner le monde pour nous y retrouver, c’est précisément pour échapper à la simple spontanéité qu’en grandissant, spontanément, nous fabriquons de l’explicable et nous attachons à lui.

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