L’objet
La table de Bertrand Russell : de quoi le réel est-il fait ?
© Wikimedia Commons
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 194 de Philosophie magazine « La mort, autant s’y préparer », en kiosque le 30 octobre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La philosophie commence par un vertige, celui de constater que la réalité n’est pas ce qu’on estime généralement qu’elle est. Au début de son ouvrage d’initiation Problèmes de philosophie (1912), Bertrand Russell part de l’exemple d’une simple table, probablement celle à laquelle il était assis en écrivant. « À mes yeux, elle est rectangulaire, d’un brun luisant et, au toucher, sa surface est polie, froide et dure ; lorsque je la frappe de la main, elle rend un son de bois. » Oui, mais dire que la table est brune n’est pas tout à fait exact, car, ici et là, elle renvoie la lumière et paraît même blanche. Ou grise la nuit. De quoi est-elle faite ? Est-ce ma main ou le microscope qui me permettra de le savoir ? Son plateau n’est pas tout à fait rectangulaire, sa forme est incertaine, difficile à décrire. « Il devient donc évident que la table véritable, s’il en existe une, n’est pas celle dont nous avons la perception immédiate. » Russell vient de nous expliquer, très simplement, qu’il y a un écart entre l’apparence et la réalité. Si la réalité est composée d’« objets physiques », ceux-ci nous sont imparfaitement connus par les « témoignages » de nos sens, il nous faut donc étudier de quelle manière nous entrons au contact avec les choses pour savoir de quoi est fait le monde. Exit, le réalisme naïf !