Cinéma
“L’Abandon” : comment sortir d’un déni ?
“L’Abandon”, avec Antoine Reinartz dans le rôle de Samuel Paty. © Guy Ferrandis
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Le film de Vincent Garenq, actuellement en salles, relate les derniers jours de Samuel Paty, professeur d’histoire brutalement assassiné par un islamiste en 2020. Avec sobriété, il pose une question de fond, à la fois intime et politique : comment sortir d’un déni ?
« Je ne m’en étais jamais rendu compte, mais Samuel Paty était mon professeur préféré. »
La collégienne lit ces mots en hommage à son professeur d’histoire, mort assassiné quelques jours plus tôt, le 16 octobre 2020. Cette séquence, inspirée de faits réels comme l’intégralité de L’Abandon, clôt le film de Vincent Garenq, qui retrace les derniers jours de la vie de Samuel Paty. La raison d’être de cette œuvre douloureuse est à l’image de cette prise de parole : celle d’un « se rendre compte », d’une prise de conscience que le film tente d’éveiller chez une partie des citoyens français éprouvant une difficulté à identifier, ou à nommer, le danger islamiste. Peut-il seulement y parvenir ?
L’exposé des faits
Réalisé dans le plus grand secret, montré hors compétition au Festival de Cannes après un plan marketing éclair, et donnant lieu à une guerre dans les commentaires sur les sites Letterboxd et Allociné... L’Abandon aurait pu rassembler ; force est de constater qu’il clive, six ans après les faits. La décapitation atroce de Samuel Paty, suivie plus récemment de la condamnation en appel à de la prison ferme pour les protagonistes responsables de son assassinat – l’auteur des faits a été tué par la police juste après son acte – ne suffisent vraisemblablement pas à créer un consensus autour de l’enseignant, visé par une fatwa qui aura duré 10 jours.
“Si le film avait été un exercice de style sophistiqué, on lui aurait reproché son inconséquence ; s’il avait forcé l’émotion, son indécence”
Que peut-on reprocher à L’Abandon ? D’être un téléfilm, plus qu’un film de cinéma, ou sans doute même un mauvais film tout court. Sur grand écran, l’image est peu soignée, la narration très linéaire, les dialogues appuyés, la direction des interprètes quelque peu hasardeuse, à l’exception notoire des deux acteurs les plus confirmés, Antoine Reinartz, formidable d’humanité dans le rôle de Samuel Paty, et Emmanuelle Bercot, tout aussi poignante en proviseure mobilisée pour éviter la catastrophe.