Le chant des signes

Lady Gaga, l’apparêtre

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Cet article est issu du numéro 52 de Philosophie magazine « 52 - septembre 2011 », en kiosque le 25 août 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Elle est la nouvelle reine de la pop. Mais, plus qu'à sa musique, c'est à son allure extravagante et sans cesse changeante qu'elle doit sa célébrité. Sous les fards, y a-t-il une vraie personne, ou l'artiste n'est-elle qu'un masque qui revendique la superficialité en tant que profondeur?

Lady Gaga n’est qu’un phénomène. Ses collants de cuir, ses tenues de sirène, de steak, de nonne ou de coquine, ses cheveux blonds, verts, bruns, noirs ou blancs ne montrent qu’eux-mêmes, ou servent seulement à montrer qu’ils ne dissimulent rien. Lady Gaga n’a pas d’envers. C’est un feu d’artifices. Pile ou surface.

Elle – ou il – porte une infinité de visages, sans qu’aucun d’eux ne soit le vrai. Sous le fard, la figure est interchangeable. Le maquillage lui sert de peau, les contours de son corps sont ceux de ses vêtements. Lady Gaga, c’est l’homme invisible. Telle la boîte qu’un père mort a laissée dans son arrière--boutique avec, en son sommet, l’instruction « à ne pas ouvrir » et dont l’orphelin découvre (le jour où il l’ouvre quand même) qu’elle contient seulement une centaine d’étiquettes sur lesquelles est imprimée la mention « à ne pas ouvrir », Lady Gaga n’est qu’une façade, le paquet du cadeau. Comme son nom l’indique et comme ses costumes le montrent, Lady Gaga, ce n’est personne. Non pas n’importe quoi, mais n’importe qui. Ouvrez-la, vous ne trouverez rien. Gaga n’est que ce qu’elle affiche : une alchimie spectaculaire qui transforme l’intime en slogan, la viande en vêtement. Un pur apparêtre qu’on ne dissèque pas, mais qu’on découpe dans les journaux. Une invitation nerveuse à lâcher la proie pour la lumière.

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