Festival de philo
Laura Hugo : “Les Rencontres de Monaco invitent les philosophes à faire de la vérité un désir partagé”
© Hugo Rouquette/Unsplash
À l’occasion de la dixième édition des Rencontres philosophiques de Monaco qui s’ouvre le 10 juin prochain pour une semaine autour de la question de la vérité, Laura Hugo, directrice de l’événement aux côtés de Charlotte Casiraghi, Robert Maggiori et Raphael Zagury-Orly, nous en livre l’esprit et le programme.
Les Rencontres philosophiques de Monaco ont été lancées il y a dix ans par Charlotte Casiraghi, Robert Maggiori, Raphael Zagury-Orly et vous-même. Quel était l’idée initiale ?
Laura Hugo : Charlotte Casiraghi en a eu l’idée avec Raphael Zagury-Orly et Robert Maggiori, son ancien professeur de philosophie, et m’a proposé de rejoindre l’aventure, il y a dix ans. L’idée au départ était de mettre en place un prix de philosophie qui récompenserait le meilleur essai de l’année – ce qui était rare ou inexistant alors dans le paysage philosophique francophone. À partir de là est né le projet d’organiser des rencontres plus régulières tout au long de l’année à Monaco en proposant à un public élargi des conversations ouvertes, sur des thèmes choisis par Les Rencontres, entre des penseurs, des écrivains, des artistes, des psychanalystes, etc. L’expérience de la rencontre avait été décisive dans le contact initial de Charlotte Casiraghi avec son professeur de philosophie au lycée. Elle a été mise au centre du festival : rencontre entre philosophes, bien sûr, mais rencontre avec le public et rencontre avec les interrogations du présent, aussi. Le projet a été lancé sans savoir s’il serait pérennisé et s’il existait un public pour une telle aventure à Monaco. Or il a tout de suite été au rendez-vous. Et cela nous a convaincus de la nécessité de pérenniser et même d’élargir la démarche, qui grandit d’année en année.
“Le thème de cette année, la vérité, est à la fois un thème classique et un enjeu contemporain fondamental avec le développement de la désinformation, du complotisme, des réseaux sociaux et de l’Intelligence artificielle”
Est-ce que le fait que les Rencontres se tiennent à Monaco, à l’initiative d’une figure de la famille princière, plus connue pour son activité dans la mode que pour son attrait précoce pour la philosophie, a pu faire barrage au projet au début?
Il a fallu déconstruire l’image élitiste que peut avoir la philosophie. Robert Maggiori, philosophe et critique littéraire, compagnon de route de figures essentielles de la philosophie française, a convaincu les nouvelles générations de nous rejoindre. La qualité des premiers intervenants a aussi compté. Ensuite, nous avons eu le souci assez vite de décloisonner l’événement de manière à faire émerger dans la Cité des espaces de pensée : au-delà des conférences, débats, conversations, remises de prix qui se tiennent dans le magnifique théâtre Princesse Grace, nous organisons également des rencontres avec les institutions à Monaco telles que le nouveau musée National de Monaco et le Pavillon Bosio, mais aussi des groupes de réflexion auprès des soignants au Centre hospitalier Princesse Grace, auprès des enseignants des collèges et lycées, autour de questions qui les concernent, comme celle du soin. Nous cherchons à créer des espaces de pensée où la philosophie rencontre les pratiques. En collaboration avec la direction de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des sports, et la Chaire Unesco de philosophie avec les enfants, nous avons aussi organisé la formation des enseignants de la maternelle au CM2 à l’animation d’ateliers de philosophie, de sorte que dorénavant, ces ateliers puissent être intégrés dans chaque classe du primaire à Monaco. Nous invitons aussi les intervenants des Rencontres auprès des lycéens chaque mois.
“L’idée au départ était de mettre en place un prix de philosophie qui récompenserait le meilleur essai de l’année – ce qui était rare ou inexistant alors dans le paysage philosophique francophone”
De Claire Marin à Camille Riquier en passant par Pierre Guenancia, Paul Audi ou Judith Revel, les philosophes invités ne sont pas les intellectuels médiatiques qui passent à la télé. Mais vous les incitez cependant à s’adresser à un public élargi sur des enjeux liés à l’actualité…
Le critère pour nous est celui de l’exigence, de la rigueur et de l’accessibilité, du partage et de l’écoute. Et la proposition pour le public comme pour ceux qui interviennent est celle de l’écoute mutuelle autour des questions philosophiques qui nous concernent tous.
Le thème de cette dixième édition est celui de la vérité. Pourquoi ce choix ?
C’est à la fois un thème classique et un enjeu contemporain fondamental avec le développement de la désinformation, du complotisme, des réseaux sociaux et de l’Intelligence artificielle. Il nous est apparu essentiel de parler des effets de ce nouvel espace public sur notre rapport à la vérité, effets délétères, avec les fake news mais positifs également – pensons au rôle des réseaux sociaux dans la libération de la parole des femmes…
Chaque année, le gagnant du Prix PhiloMonaco de l’Essai de l’année précédente est invité à délivrer une conférence sur la question “Qu’est-ce que la philosophie”. Pourquoi ?
Nous voulons maintenir ouverte l’idée de la philosophie, qui est toujours à redéfinir. Nous invitons donc les lauréats du Prix à nous délivrer cette présentation chaque année : chacun a un itinéraire singulier, chacun est venu à la philosophie pour des raisons différentes, ils nous racontent le cheminement qu’ils ont suivi, ce qui a déclenché en eux le désir de philosopher et comment elle les accompagne dans leurs recherches, leurs écrits et dans leur vie.
Pour tout savoir sur les prochaines Rencontres philosophiques de Monaco, qui s’ouvriront le 10 juin 2025, rendez-vous sur le site officiel de l’événement.