Ethnologie / Mœurs
Le baiser, baromètre de la mondialisation?
(cc) Stux / Pixabay
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 92 de Philosophie magazine « Pense-t-on mieux seul ou à plusieurs ? », en kiosque le 20 août 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Selon une récente étude ethnologique, le baiser, popularisé par les stars de l’âge d’or d’Hollywood, ne serait plus sur toutes les bouches du globe.
Naïvement, nous dirions qu’il est naturel d’embrasser. Que toujours et en tous lieux, les êtres humains liés par le désir ont accolé leurs bouches. Cette confiance dans l’universalité de nos goûts ne résiste cependant pas à l’épreuve des faits. La conclusion d’une étude ethnologique aussi rigoureuse que quantitative, publiée en pleine canicule de juillet par la revue American Anthropologist, est sans appel : non, le baiser n’est pas un comportement humain transculturel. En croisant des banques de données comportementales et les observations d’une trentaine d’ethnologues, cette étude aboutit à la conclusion que le baiser est présent dans 77 cultures sur un échantillon de 168, soit dans 46 % des groupes humains examinés. De plus, s’il est répandu en Europe et au Moyen-Orient, il est presque inusité en Afrique subsaharienne, au Mexique ou encore en Amérique du Sud. Avec une certaine jubilation, les auteurs de l’étude s’appuient sur ces résultats sans équivoque pour déboulonner une croyance assez répandue chez les psychologues évolutionnistes, selon laquelle le baiser serait dicté par la physiologie, car le contact des muqueuses et des salives permettrait la sélection du « bon » partenaire sexuel, sain et au patrimoine génétique compatible avec le nôtre. En effet, depuis quelques décennies, nombre de biologistes se sont acharnés à trouver au baiser des propriétés prophylactiques ; certains sont même allés jusqu’à établir un lien entre le french kiss et la trophallaxie, ou contact buccal au cours duquel une fourmi recrache de la nourriture dans le jabot de l’autre, ou encore les jeux de becs des tourterelles lors de leurs parades nuptiales. Nous sommes ainsi abreuvés d’une littérature néopositiviste qui, avec insistance, veut fait du baiser un fait transpéciste autant que transculturel.