Le grand jeu (dont vous êtes le héros)

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Cet article est issu du numéro 41 de Philosophie magazine « 41 - été 2010 », en kiosque le 01 juillet 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

De notre vie, nous pouvons faire un grand jeu assure Nietzsche. Reste que chaque joueur a son style, ses marottes et des cartes différentes en main. D’où la multiplicité des chemins pour tout changer. Quel sera le vôtre ?

1.    Pourquoi pas ?

Ça y est, vous êtes décidé. Vous allez changer le cours de votre existence. Vous avez juste envie, en toute liberté, de vivre une nouvelle expérience ? Allez à la case 2. Votre quotidien vous étouffe, vous n’en pouvez plus de votre situation actuelle ? Retrouvez-vous case 3. Vous traversez un moment exceptionnel ou une épreuve (passion amoureuse, décès, maladie, accident, divorce) qui vous poussent à tout changer ? Cap sur la case 4. Si, au contraire, vous voulez réaliser un projet raisonnablement mûri depuis longtemps, gagnez la case 5. Vous avez connu une conversion intérieure ? Vous êtes attendu en case 6.

 

2.    Le champ des possibles

Vous avez le sentiment quasi métaphysique que tous les possibles s’ouvrent à vous. La société actuelle, qui fragmente les parcours professionnels et précarise les situations acquises, ne vous effraie pas. Au contraire, elle vous pousse au changement voulu et assumé. Vous aimez l’action, la variété, l’inconnu. Unique problème : quel chemin emprunter ? quel métier ? avec qui ? où ? Si vous décidez de vous laisser guider par le hasard, lancez une pièce. Elle tombe sur face : acheminez-vous vers la case 9. Pile ? Foncez en case 12. Si vous préférez prendre le temps de choisir le bon chemin, déplacez-vous en case 10.

 

3.    Le ras-le-bol

Les soucis se sont accumulés. Vous n’en pouvez plus. Vous vous sentez acculé par une lourde nécessité. Mais vous hésitez encore : est-ce le bon moment ? Vous n’avez prévu aucun point de chute. Et si vous regrettiez votre geste ? n’est-il pas malsain d’agir de manière réactive ? Sans réflexion ni modification intérieure positive, vous risquez de recréer autour de vous les mêmes problèmes qui vous ont fait tout quitter. Si vous décidez de réfléchir un peu, atteignez la case 10. Si vous vous résolvez à foncer tête baissée, rendez-vous case 9.

 

4.    L’événement fondateur

Depuis cette maladie que vous avez vaincue, ce décès ou cette séparation qui vous laissent un peu plus seuls au monde, cette nouvelle passion amoureuse qui vous donne des ailes, vous êtes non seulement convaincu que c’est le moment de changer, mais vous vous sentez intimement ébranlé – plus malléable, donc, aux projets de transformation. Si vous en profitez pour (enfin) suivre cette ancienne passion, depuis longtemps repoussée ou refoulée, allez case 13. Si vous décidez de tout recommencer en vous laissant aller au gré du vent, sautez case 9.

 

5.    Le projet réfléchi

Vous élaborez depuis longtemps un projet bien précis. Il est professionnel, social, moral ou encore politique : devenir apiculteur, quitter le monde de la surconsommation, oublier la carrière, se dévouer aux autres.
Il ne reste… qu’à le réaliser. Si vous n’êtes pas encore parvenu à réunir toutes les conditions nécessaires, allez case 7. Si vous êtes pleinement maître de toutes les circonstances présentes et futures, rendez-vous case 8.

 

6.    La révélation

Il s’est passé quelque chose au fond de vous. Comme Pascal au cours de la « nuit de feu » où il devient définitivement chrétien, ou l’Adolescent, héros du roman éponyme de Dostoïevski, qui éprouve une sorte de transe éthique, vous avez vécu un moment qui vous engage pour l’existence entière. Si votre expérience a été mystique et liée à la religion, cheminez vers la case 11. Si elle a plutôt un caractère éthique (décider de ne plus jamais mentir, de progresser vers la bonté, de vivre avec bonheur chaque instant qui passe), dirigez-vous vers la case 14.

 

7.    Le labyrinthe des circonstances

Votre changement de vie ne dépend que de quelques conditions à remplir. Or, comme le souligne le philosophe stoïcien Épictète, on n’est jamais totalement maître des circonstances : une crise peut nous jeter à la rue ; la maladie, mettre à bas nos projets les mieux ficelés. Épictète conseille donc : « N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites. Décide de vouloir ce qui arrive… et tu seras heureux » (Manuel, VIII). D’ailleurs, si l’on ne tient qu’à des conditions extérieures et aléatoires, on risque d’attendre indéfiniment. La seule solution est de changer quelque chose en soi. Toujours sous le signe de la rationalité, tentez le recommencement radical en case 18 ou la réforme progressive de votre être case 19.

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