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“Le Vide qui est en nous”, d’Hélène L’Heuillet : la dynamique du néant

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“Le Vide qui est en nous”, d’Hélène L’Heuillet : la dynamique du néant

© Éditions Albin Michel

La philosophe et psychanalyste Hélène L’Heuillet publie Le Vide qui est en nous, un essai très stimulant, mercredi 2 octobre. Si le vide nous tourmente bien souvent, il s’avère aussi indispensable pour envisager une vie libre et pleine d’allant.


Le vide nous occupe… comme il a occupé Hélène L’Heuillet ! La philosophe y consacre un riche essai, Le Vide qui est en nous (Albin Michel) montrant combien le vide, pour peu qu’on s’y intéresse, est un processus dynamique. Nous nous en méfions mais il nous attire, de même que nous approchons le bord d’un précipice quitte à éprouver le vertige. Selon elle, « l’expérience du vide est nécessaire au mouvement. On ne change pas et on ne se meut pas, si on évite le vide ». L’autrice trace donc une ligne de crête philosophique entre la désolation ou l’immobilité, qui évide nos vies jusqu’à les rendre creuses, et la « suroccupation », qui les comble artificiellement par horreur du vide mais s’avère tout aussi épuisante et stérile. Inspirée par la pensée chinoise, elle ménage entre ces deux extrêmes une place pour « des exercices de vide », orientant la volonté vers une inaction qui dégage des possibles là où les injonctions à « lâcher prise » et la suractivité, au contraire, nous paralysent. 

➤ Le dialogue entre Hélène L’Heuillet et Pascal Chabot, dans notre dossier « Comment trouver le bon rythme ? »

Les exemples ne manquent pas. Hélène L’Heuillet les puise d’ailleurs dans des domaines aussi variés que les vacances (qu’il n’est pas facile d’accepter sans programme), le compte en banque (que les avares aiment plein de ce rien paradoxal qu’est l’argent en tant que simple monnaie d’échange, mais qui est tout pour celui qui en manque) ou la démocratie (comme lieu vide du pouvoir, qui « qui n’appartient à personne »).  Elle fait aussi un sort aux méthodes en vogue, qui prescrivent de jeter de façon méthodique tout ce qui paraît inutile ou superflu – un vieux livre annoté, un objet ébréché, des papiers oubliés qui ressurgissent. Car ce tri drastique n’est qu’une façon de passer par pertes et profits des pans entiers de nos vies, pour ne pas s’y affronter : « En jetant tout ce qui est censé ne pas servir, c’est toute la dimension de l’inconscient qu’on bazarde et, avec l’inconscient, le désir et la subjectivité. » Si bien que, selon elle, « se débarrasser des choses, c’est jouer un jeu dangereux avec le néant ». 

“Il faut beaucoup de vide dans la volonté, et donc beaucoup d’exercices de déminage du vouloir conscient, pour se laisser transformer”Hélène L’Heuillet


La philosophe invite finalement à désamorcer notre résistance au vide afin de permettre un espace pour la pensée et pour le surgissement de l’imprévu, cet autre nom de la vie. Car « avancer vraiment ne signifie pas avancer de force n’importe où et n’importe comment, comme s’il s’agissait d’une technique incontestable d’existence, mais, comme les bateaux qui remontent au vent, se laisser aspirer par le vide. Il faut beaucoup de vide dans la volonté, et donc beaucoup d’exercices de déminage du vouloir conscient, pour se laisser transformer. » Elle distingue ainsi deux modalités de l’inaction : « ne rien faire », d’une part, c’est-à-dire « laisser passer sa vie sans se sentir concerné par elle », soit mettre « déjà un pied dans la tombe », et, d’autre part, « rien faire », qui est « très différent. L’enfant qui construit une cabane et joue la comédie ne fait pas rien, mais s’occupe à des riens ». 

L’intensité de cette réflexion s’éprouve manifestement dans l’amour (qui doit faire place au vide pour permette la possibilité rencontre, laquelle ne se force pas) ou dans le deuil, qui nous rappelle « que ce vide est irréductiblement vide ». En effet, « en ouvrant une grande béance en nous, le deuil nous confronte à nous-mêmes ». Mais n’est-ce pas dans cette approche à la fois absolument concrète et infiniment métaphysique d’un rien qui est tout, que s’ouvrent aussi les chemins de la liberté ?

➤ Le Vide qui est en nous, d’Hélène L’Heuillet, vient de paraître aux éditions Albin Michel (286 p., 21,90 €).