Lecture accompagnée de la “République” de Platon

Temps de lecture : 7 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 110 de Philosophie magazine « Quelle part d’enfance gardons-nous ? », en kiosque le 01 juin 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’éclairage d’Alain Badiou.

Quant à toi donc, dis-je [Socrate], toi qui es pour eux le législateur, de la même manière que tu as choisi les hommes, tu choisiras pour eux également les femmes, et tu les attribueras autant que possible en fonction d’un naturel similaire. Comme ils auront en commun leurs logements et aussi les repas collectifs, et qu’aucun d’entre eux ne possédera privément rien de tel, ils seront dès lors ensemble et c’est ensemble qu’ils se mêleront dans les gymnases aussi bien que dans toute leur formation et que, en vertu d’une nécessité que je crois quasi naturelle, ils seront poussés à s’unir les uns aux autres. […] Il faut, dis-je, […] que les hommes les meilleurs s’unissent aux femmes les meilleures le plus souvent possible, et le plus rarement possible pour les plus médiocres s’unissant aux femmes les plus médiocres ; il faut aussi nourrir la progéniture des premiers, et non celle des autres, si on veut que le troupeau soit de qualité tout à fait supérieure ; et il faut enfin que tout cela se produise hors de la connaissance de tous, sauf des dirigeants eux-mêmes[1], si justement la troupe des gardiens doit être le plus possible exempte de dissension interne.

République, trad. G. Leroux, Garnier-Flammarion, livre V, 458c-459e

 

– […] Je pense que tu admettras que le soleil confère aux choses visibles non seulement le pouvoir d’être vues, mais encore la genèse, la croissance et la subsistance, encore que lui-même ne soit aucunement genèse.

– Comment le serait-il, en effet ?

– Eh bien maintenant, pour les objets de connaissance, ce n’est pas seulement leur cognoscibilité que manifestement ils reçoivent du bien, mais c’est leur être et aussi leur essence qu’ils tiennent de lui, même si le bien n’est pas l’essence, mais quelque chose qui est au-delà de l’essence, dans une surabondance de majesté et de puissance[2].

Et alors Glaucon, facétieux, s’exclama :

– Par Apollon, dit-il, quelle prodigieuse transcendance !

Ibid., livre VI, 509b-509c

 

– Eh bien, n’est-ce pas justement l’appétit insatiable de ce que la démocratie considère comme son bien qui va conduire à sa perte ?

– Qu’est-ce qu’elle considère à ton avis comme son bien ?

– La liberté, répondis-je. Ce bien-là, tu entendras dire dans une société gouvernée démocratiquement que c’est le bien le plus beau et que pour cette raison, la cité démocratique est la seule où un homme libre par sa naissance jugera digne de s’établir.

Cet article est réservé aux abonnés