Technologie / Intelligence artificielle
L’ordinateur pense, donc je suis
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Cet article est issu du numéro 109 de Philosophie magazine « Travail, je t'aime (moi non plus) », en kiosque le 27 avril 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En mars dernier, l’entrepreneur américain Elon Musk annonçait le lancement de Neuralink, une société visant à connecter et à augmenter le cerveau humain. Au risque d’éradiquer toute pensée indépendante ?
Pour ce qui est de la conception de l’intelligence, nous sommes en train d’assister – sans même nous en être rendu compte – à une inversion de la modernité. En 1637, les Méditations métaphysiques de Descartes offrent un récit, méthodologique autant que mythologique, du plus grand effort que la pensée humaine est capable de produire dans sa tension vers la vérité. Pour refonder la connaissance scientifique, mais aussi pour retrouver les bases premières de la certitude, Descartes commence par s’isoler, par se retirer loin de ses contemporains. Ni banquet, ni université, ni bibliothèque, c’est en lui-même qu’il cherche de nouvelles ressources. Le geste inaugural de l’intelligence des Modernes est la table rase, par laquelle le sujet autonome fait fi des enseignements qu’il a reçus, du poids de la tradition et des opinions dominantes, pour tirer quelques idées claires et distinctes de son propre fonds. Dès lors, être intelligent consistera à cultiver le retrait, la distance critique, la diachronie.