Exposition

Martin Parr au Jeu de Paume : prendre Parr ?

Temps de lecture : 2 min

Martin Parr au Jeu de Paume : prendre Parr ?

Musée du Louvre, Paris, France, 2012. © Martin Parr

À Paris, le Jeu de Paume expose jusqu’au 24 mai le travail de Martin Parr. En 180 œuvres de différentes séries, ce parcours malicieusement intitulé « Global Warning » traverse un demi-siècle de production du célèbre photographe, hélas décédé il y a tout juste deux mois.


« C’est une rétrospective et un hommage. Disparu le 6 décembre dernier, Martin Parr a manqué le vernissage de cette exposition, à laquelle il a pourtant collaboré. Hanté par sa présence amicale et ironique, ce drôle de parcours ramasse cinquante ans de clichés pris aux quatre coins du monde. Gros plans et couleurs saturées ont marqué l’esthétique kitsch de l’artiste britannique. Mais ce qui retient surtout, c’est son regard narquois, échappant à tout surplomb.

Ce texte est extrait de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi soir. Abonnez-vous, elle est gratuite !

La richesse, photographiée comme on le fait pour la pauvreté 

Martin prend sa part : s’il moque les excès du tourisme de masse, les peaux tannées sur les plages de Benidorm et les perches à selfie, la surconsommation des classes moyennes qui produit tant de déchets ou la vanité conformiste des plus riches, il ne s’en exclut jamais. “Je photographie la richesse sous un angle que l’on adopte généralement pour photographier la pauvreté ; c’est, sous les dehors du divertissement, une version revue et corrigée du ‘photographe engagé’”, écrit-il lui-même dans Luxe (Textuel, 2009). S’il est “engagé”, c’est en ce sens-là, celui d’un photographe “embarqué”. Le conservateur et historien de l’art Quentin Bajac rappelle, lui, dans un article du catalogue de l’exposition, que ce n’est pas un hasard si “l’essor de l’image satirique en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle coïncide avec celui du voyage et du Grand Tour chez les élites britanniques – autrement dit, les débuts du tourisme”.

Laid et absurde, notre sens commun ?

En assumant une sorte de trivialité dans la démarche, l’artiste s’inscrit en effet dans une tradition de pensée britannique, qui cultive non seulement l’humour et la satire mais aussi ce qu’une école désigne au XVIIIe siècle sous l’expression de “sens commun”. Représenté par le penseur des Lumières écossaises Thomas Reid (1710-1796), ce courant philosophique valorise notre capacité à percevoir les évidences, contre les vaines arguties et les faux paradoxes. “La philosophie, note ce dernier, n’a d’autre racine que les principes du sens commun ; elle en sort et s’en nourrit.” Martin Parr s’en nourrit aussi. Il a même fait du Sens commun le titre amusé de l’une de ses plus célèbres séries, parmi les plus crues. Elle braque toute la lumière sur ce monde, parfois laid et souvent absurde, qui nous revient pourtant en partage. »
 

« Martin Parr. Global Warning », exposition au Jeu de Paume, à Paris, jusqu’au 25 mai. Infos pratiques.