Entretien
Marwan Chahine : “Au Liban, chaque nouvelle crise réactive les divisions internes du pays”
Une femme pleure en état de choc, quelques minutes après l'explosion d'une voiture piégée dans un quartier très fréquenté de Beyrouth-Ouest, principalement musulman, le 8 août 1986. La guerre civile libanaise a éclaté en avril 1975. © Khalil Dehani / AFP
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Le retour de la guerre au Liban réveille des blessures douloureuses, notamment le souvenir de la guerre civile déclenchée le 13 avril 1975. C’est cette date qu’explore le journaliste et écrivain Marwan Chahine dans une enquête sur un événement jamais documenté, Beyrouth, 13 avril 1975. Autopsie d’une étincelle (Belfond). Nous l’avons rencontré.
La sortie de votre livre coïncide avec de nouvelles frappes israéliennes sur le Liban. Quelle a été votre réaction face à l’attaque d’Israël ?
Marwane Chahine : J’ai réagi comme n’importe quel Libanais, avec terreur… Avec beaucoup de colère aussi devant l’impunité israélienne et l’absence de réaction de la communauté internationale. Il y a aussi un sentiment terrible de dépit ou de résignation, parce que ce n’est pas la première fois qu’il y a des agressions israéliennes très violentes sur le territoire libanais. Il y a donc sentiment de déjà-vu et d’histoire qui se répète continuellement.
“Au Liban, certains vont critiquer le Hezbollah sur la scène intérieure mais vont considérer qu’il est légitime et important que le Hezbollah ait des armes pour défendre le pays”
Comment les Libanais vivent-ils cette attaque et comment se positionnent-ils par rapport au Hezbollah ?
La quasi-totalité des Libanais vit cette agression comme une attaque contre le Liban. Même les plus virulents critiques du Hezbollah estiment que l’unique responsable de cette guerre, c’est Israël. Cette unanimité de circonstance ne saurait masquer le fait que la population libanaise est très divisée sur la stratégie du Hezbollah et, plus globalement, sur le parti-milice qui est accusé par beaucoup de Libanais d’être un État dans l’État et d’introduire une ingérence iranienne au Liban. Pour autant, contrairement à ce qui est avancé par la propagande israélienne, le Hezbollah n’est pas exogène à la société libanaise, une grande partie de la population du sud du pays le soutient. Il ne faut pas oublier que le Hezbollah est né pendant l’occupation israélienne au Liban et s’est toujours défini comme un « parti de résistance » contre cette occupation. La vraie question du Hezbollah est celle des armes : certains vont critiquer le Hezbollah sur la scène intérieure libanaise mais vont considérer qu’il est légitime et important que le Hezbollah ait des armes pour défendre le Liban.
Que dit le mode opératoire de l’attaque des bipeurs sur la nature de l’agression ?
Par son mode opératoire et par le fait qu’elle a touché beaucoup de civils, l’attaque s’apparente à une attaque terroriste, peu de distinctions sont faites entre cibles civiles et militaires. Ce n’est pas la première fois que les Israéliens font des actions particulièrement spectaculaires. Il ne faut pas oublier que l’armée israélienne est aussi, historiquement, l’agrégation de plusieurs milices paramilitaires, dont certaines se revendiquaient du terrorisme. J’ai pour ma part l’impression de voir des vieux scénarios se rejouer. Par exemple, le fait qu’Israël cherche à tuer les principaux leaders du Hezbollah renvoie aux événements du quartier de Verdun à Beyrouth en 1973. Israël dans une autre action spectaculaire, avec un commando et Ehud Barak déguisé en femme, avait alors assassiné les principaux leaders du Fatah à Beyrouth.