Mon bon génie. Gershom Scholem ou la visée éthique
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Cet article est issu du numéro 82 de Philosophie magazine « 82 - septembre 2014 », en kiosque le 21 août 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Lorsque nous avons proposé à quatre penseurs de nous parler de la personne la plus intelligente qu’ils ont rencontrée, nous nous attendions à des surprises. Mais pas à ce qu’Étienne Klein choisisse d’évoquer Heinz Wismann, sans savoir que nous l’avions également interrogé !
Par Heinz Wismann, helléniste, philosophe et spécialiste d’herméneutique
« En me remémorant les personnes intelligentes dont la rencontre m’a profondément marqué, je pense aussitôt à Gershom Scholem [1897-1982], le grand historien de la kabbale juive, qui, lors de ses passages à Paris, m’invitait parfois à me promener avec lui. Berlinois d’origine comme moi-même, il m’entretenait de ses souvenirs, en prononçant des bouts de phrase dans un idiome dont il avait gardé les intonations caractéristiques jusqu’en hébreu, ayant pourtant quitté l’Allemagne, car pressentant le désastre à venir, dès 1923. Lors d’une de ces promenades, il exprimait soudain le désir de se procurer la dernière livraison du New Yorker. Devant mon étonnement, il m’expliquait que, ne pouvant plus vivre à Berlin, et trouvant Jérusalem quelque peu provinciale, il avait choisi de s’installer en pensée à New York, par le truchement de la rubrique « Talk of the Town ». Je dois avouer que cette forme de cosmopolitisme mental, circulant entre plusieurs univers linguistiques et culturels, m’avait alors frappé comme une manifestation d’intelligence singulière, voire prémonitoire.