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Philippe Lejeune: l’autobiographie, quête de vérité
© Hélène Builly / Costume 3 Pièces
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Cet article est issu du numéro 29 de Philosophie magazine « 29 - mai 2009 », en kiosque le 30 avril 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Initiateur du genre autobiographique, avocat de la démocratie directe et ethnologue avant l’heure, Rousseau semble un de nos contemporains égaré dans le XVIIIe siècle. La preuve par trois.
« Quelque chose me frappe quand je rouvre Rousseau. Ses discours, ses essais et La Nouvelle Héloïse portent la marque de l’époque : leur style a vieilli. Mais quand je lis les Confessions, j’ai sa voix dans l’oreille : c’est tout frais, ça vient d’être écrit. Il a inventé un nouveau rapport à l’écriture : “Dire chaque chose comme je la sens, sans recherche, sans gêne, sans m’embarrasser de la bigarrure.” Je crois à son engagement de dire la vérité, parce que je le vois s’embrouiller dans ses aveux. Au début, il fait le fier, il défie le monde, il va présenter un homme “dans toute la vérité de la nature”. Dès qu’il est sur le terrain, c’est une autre chanson. C’est plus compliqué qu’il ne le croyait. Il se découvre plein de contradictions. Du coup, il s’étonne. Il était parti pour se justifier, il a le courage de s’arrêter : le vrai problème est de se comprendre. Une de ses expressions favorites : “Il est bizarre, mais il est vrai, que…” Cette capacité à s’étonner en fait un pionnier en psychologie. Il a compris l’importance des détails. Parti pour convaincre les autres, il ne s’est pas convaincu lui-même. Il s’y est repris à trois fois (les Confessions, les Dialogues, les Rêveries) : “mettons que je n’aie rien dit”, et il repart avec une autre méthode. C’est un inquiet, peut-être. Un vrai chercheur, sûrement. “Autofiction” ? La référence est anachronique, trompeuse. Dans les Rêveries, il dénonce lui-même les petites entorses faites à la vérité dans les Confessions. Rousseau est un pionnier en autobiographie, un explorateur en psychologie, et un inventeur de formes : “il faudrait pour ce que j’ai à dire inventer un langage aussi nouveau que mon projet…” »