Pourquoi nous n’écrivons plus comme avant
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Cet article est issu du numéro 62 de Philosophie magazine « 62 - septembre 2012 », en kiosque le 23 août 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Abandonner le stylo et la page blanche, qu’est-ce que cela change pour celui qui a fait des mots son métier ? Réponse avec le romancier Jean-Philippe Toussaint.
Clavier plutôt que stylo
« Je ne fais pas partie de ces écrivains précoces qui ont eu très tôt conscience de leur vocation. À l’adolescence ou durant mes études à Sciences-Po, je ne me destinais nullement à la littérature. Quand j’ai pris la décision de me lancer dans un roman – Échecs, qui n’a pas trouvé d’éditeur à l’époque –, je me suis acheté une machine à écrire, une grosse Olivetti, et j’ai commencé à écrire en même temps que j’apprenais à taper à la machine. Je crois que j’étais sous l’influence de mon père journaliste, que j’avais vu dans mon enfance composer ainsi ses articles. En tout cas, pour écrire, j’ai impérativement besoin d’une machine, de la même façon qu’un réalisateur a besoin d’une caméra pour faire un film. Il me paraîtrait impossible d’écrire un livre en n’utilisant que la main. L’écriture manuscrite ne me sert qu’occasionnellement, pour la prise de notes ou pour certaines corrections. J’ignore si certains utilisent la fonction de traitements de texte qui permet d’insérer des notes en marge d’un document, mais moi je la déteste, je ne corrige qu’à la main. Si le texte lui-même, au moment du jaillissement, exige d’être tapé sur un clavier avec une sorte d’urgence, la phase de correction requiert beaucoup de patience, et je fais toujours mes corrections à la main, en griffonnant dans les marges de la feuille imprimée. Quand mes annotations prennent trop d’ampleur, j’utilise des renvois, des astérisques, le recto des pages… C’est assez chaotique, peu importe, je m’y retrouve. »