La notion
Qu’est-ce que l’“héritocratie” ?
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Cet article est issu du numéro 188 de Philosophie magazine « Où commence la tyrannie ? », en kiosque le 27 mars 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Hériter est devenu presque aussi important que travailler » pour réussir dans la vie, avance l’hebdomadaire britannique The Economist dans son numéro paru fin février et titré « La nouvelle héritocratie ». Alors que les sommes héritées dans les pays les plus riches s’élèvent à 6 000 milliards de dollars (soit 10 % de leurs produits intérieurs bruts combinés), très inégalement répartis, le mythe du self-made-man a du plomb dans l’aile. La méritocratie peut-elle encore fonctionner dans un monde où l’égalité des chances est aussi biaisée ? « Pour les partisans de l’économie de marché, la montée en puissance de la nouvelle héritocratie devrait être profondément inquiétante » : elle conduit en effet à la constitution d’une classe de « rentiers » dont le pouvoir économique corrompt le jeu de la concurrence. Dans son livre Héritocratie (La Découverte, 2021), le sociologue Paul Pasquali a défini ce concept comme « l’ensemble des capacités d’agir, individuelles et collectives » par lesquelles certaines institutions, comme les grandes écoles, parviennent à « conserver ou accroître leurs privilèges et leur légitimité » en devenant des foyers de formation d’élites, de génération en génération. Ces élites recourent à ces lieux de distinction sociale et de perpétuation du pouvoir symbolique comme un élément clé de leur « savoir durer » dynastique.