Résistance mécanique

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© Charles Berberian

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Cet article est issu du numéro 112 de Philosophie magazine « À quoi tient l’autorité ? », en kiosque le 24 août 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La machine ne répond plus. On a beau appuyer sur le bouton « On/Off ». Un petit coup sec ou une pression prolongée. Nada, elle ne s’allume pas. On vérifie l’alimentation, on pose l’oreille contre le couvercle dans l’espoir de percevoir un bruit quelconque. On presse encore le bouton avec une ferme résolution – c’est-à-dire ni trop brièvement ni trop longtemps. Mais non, la machine est brisée à l’intérieur et elle n’obéira plus. Il faut la changer.

D’après mon expérience, il n’est aucun moyen de résister à l’autorité extérieure, si du moins celle-ci s’exerce de façon impérieuse, sinon à se considérer momentanément soi-même comme cassé. C’est un engagement que l’on prend d’abord avec soi et qui, pour porter ses fruits, doit être irrévocable. Quel que soit le bouton que la personne qui souhaite nous commander actionnera – qu’elle joue sur la promesse d’une récompense, la menace d’un châtiment, le défi ou l’injure –, nous n’accéderons en aucun cas à sa demande. Jouer à la machine cassée face à un parent, un professeur, un supérieur hiérarchique, un contrôleur de billets ou un policier est une méthode de résistance d’une incroyable efficacité. Cette attitude ne manque pas d’engendrer, chez l’autre, qui s’estimait votre propriétaire, la stupéfaction et la colère. Comme si sa voiture ou son téléphone lui faisait le coup de l’objection de conscience. Il imaginait avoir le pouvoir de vous faire marcher ; mais non, c’est terminé.

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