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Roger-Pol Droit : “Il faut être un peu fou pour être philosophe, et pour être un humain tout court”

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Roger-Pol Droit : “Il faut être un peu fou pour être philosophe, et pour être un humain tout court”

Roger-Pol Droit. © Arnaud Meyer/Leextra via opale.photo

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Dans son roman Alice au pays des idées (Albin Michel), le philosophe Roger-Pol Droit fait converser, dans un décor imaginaire, une jeune fille d’aujourd’hui avec 25 grands penseurs de l’histoire des idées. Une approche joyeuse et pédagogique de la philosophie qui vise à rendre plus lumineux les temps troubles que nous traversons. Entretien.


Pourquoi avoir choisi la forme romanesque avec Alice au pays des idées, un genre assez peu usité en philosophie ?

Roger-Pol Droit : Il existe évidemment des romans philosophiques – chez Diderot ou Sartre, par exemple –, mais ils sont en effet assez rares. J’avais déjà rédigé un certain nombre de manuels de philosophie, des livres de pédagogie, d’initiation, d’explication sur les grands thèmes de la pensée. Cette fois, je voulais élaborer un récit de l’entrée dans la réflexion. Qu’est-ce qu’une jeune fille d’aujourd’hui comme Alice, qui est inquiète du sort de la planète et qui se demande ce qu’elle va pouvoir faire de sa propre vie, peut retenir de la philosophie ? Je voulais que son cheminement soit pris dans un récit où on la voit évoluer, où l’on comprenne que la pensée n’est pas seulement une affaire d’idées mais aussi d’affects, de sentiments, de réflexions intimes et d’expériences. Le roman permet cela : explorer des questions graves depuis l’intérieur des êtres. Et puis, on peut y mettre plus facilement de la drôlerie, de l’humour, du divertissement !

 

Le récit laisse aussi beaucoup de place aux dialogues, à travers notamment le personnage de la Fée objection, qui évoque par certains aspects la méthode maïeutique de Socrate.

C’était indispensable. Nous avons tous en tête les dialogues de Platon – sur lequel j’ai écrit un livre, Et si Platon revenait... [Albin Michel, 2020], mais avec lequel je ne me compare évidemment pas ! On oublie toutefois une chose à leur sujet. Le mot « dialogue » ne signifie pas « deux interlocuteurs ». En grec, « deux » se dit « duo », pas « dia », qui signifie plutôt « à travers ». L’idée du dialogue, c’est de cheminer à travers les paroles, les mots, les arguments, les objections posées et éventuellement surmontées, ou au contraire victorieuses. Si l’on ne met pas en jeu une tension à l’intérieur de la réflexion, on n’avance pas. Quand Platon dit que la pensée, c’est « le dialogue intérieur de l’âme avec elle-même », sous des mots certes un peu ronflants et désuets comme celui d’« âme », il veut dire avant tout que l’on n’est pas tout seul à l’intérieur de sa tête. Même lorsqu’on réfléchit seul et en silence, on peut tout à fait avoir de l’altérité en soi sous la forme de questionnements : « Est-ce que c’est vrai ? Comment tient cette idée ? Et si je disais le contraire ? » J’ai essayé d’incarner cette conviction avec des dialogues entre Alice et vingt-cinq grands représentants de la sagesse, de la philosophie ou des idées du monde, mais aussi avec les commentaires et les objections que font d’autres personnages, comme la Fée objection, la Reine blanche ou les deux souris, la Souris folle et la Souris sage.

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