Vos questions
S’emporter contre Dieu, n’est-ce pas nécessairement croire qu’il existe ?
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Cet article est issu du numéro 57 de Philosophie magazine « 57 - mars 2012 », en kiosque le 23 février 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Romain Jolivet, 30 ans, Marseille (13)
Ainsi posée, en effet, votre question contient déjà la réponse. Haïr Dieu, c’est toujours d’une manière ou d’une autre le reconnaître. Mais on peut aussi dénoncer les ravages sociaux ou psychiques de la croyance en Dieu : ce n’est pas alors vraiment « s’emporter contre Dieu ». Lorsque Marx écrit que la religion est « le soupir de la créature accablée […], l’opium du peuple », il dénonce la manière dont l’espérance en un au-delà anesthésie la violence révolutionnaire du peuple. Lorsque Nietzsche s’attaque à l’« idole » du Dieu des monothéismes, c’est pour déplorer que l’homme ne soit pas capable de vouloir seul sa propre vie, d’en inventer le sens. Lorsque Freud s’en prend à la figure de Dieu le Père, il déplore surtout la régression infantile induite par la foi. Même Sade qualifie souvent d’infâme le culte de Dieu davantage que Dieu lui-même. Dès lors, donc, que ces penseurs ne s’attaquent pas directement à Dieu mais aux effets négatifs de la foi ou des dogmes, il est possible de continuer à croire… en leur athéisme.